Dans l’ombre humide de la prison de Bunia, un souffle d’espoir a résonné ce samedi. Alors que les grilles semblaient sceller leur avenir, des dizaines de femmes et de jeunes filles détenues ont tenu entre leurs mains, non pas des chaînes, mais les premiers paniers qu’elles ont elles-mêmes tressés. Cet instant symbolique marque l’aboutissement d’une formation détenues Bunia ambitieuse, conçue comme une rampe de lancement vers une vie nouvelle. Mais au-delà des sourires de la cérémonie, une question lancinante persiste : cette lueur peut-elle vraiment percer l’épais brouillard de la précarité et de la stigmatisation qui attend à l’extérieur ?
L’initiative, portée par l’ONG SOFEPADI avec l’appui technique de la Police d’appui à l’administration pénitentiaire de la MONUSCO, ne se résume pas à un simple apprentissage artisanal. Elle incarne une approche holistique, une main tendue à 360 degrés. « Avant d’apprendre un métier, il a fallu panser nos blessures invisibles », confie l’une des participantes, sous couvert d’anonymat. La prise en charge psychologique a été la pierre angulaire du programme, visant à soigner les traumatismes qui, souvent, nourrissent des spirales destructrices comme la consommation de drogue en cellule. Comment reconstruire une estime de soi fracassée par l’incarcération, la pauvreté ou la violence ? L’assistance psychologique a tenté d’y répondre, offrant un espace de parole rare en milieu carcéral.
Parallèlement, un volet juridique crucial a été activé. Combien de ces femmes, au niveau d’études souvent limité, se sont senties perdues dans le dédale des procédures judiciaires ? L’accompagnement juridique fourni a visé à éclaircir le suivi de leurs dossiers, parfois à accélérer des procédures engorgées. Cet appui est fondamental pour préparer le terrain de la libération, car une liberté juridiquement incertaine est une liberté fragile.
Le cœur pratique de la formation détenues Bunia a battu autour de l’autonomisation économique. Initiées à la fabrication de paniers et à la pâtisserie, ces femmes ont saisi des outils concrets pour imaginer un avenir différent. « Ici, je me suis découvert un talent. Je sais maintenant que je pourrai subvenir aux besoins de mes enfants à ma sortie, sans devoir dépendre de qui que ce soit ou retomber dans les mêmes erreurs », témoigne une mère détenue. Cet espoir de développer des activités génératrices de revenus, même en détention, est un puissant moteur de changement. Il transforme le temps mort de l’incarcération en période d’apprentissage actif, redonnant un sens et une dignité.
Pour la SOFEPADI, cette action s’inscrit dans une vision large de la réinsertion sociale Ituri. Il ne s’agit pas seulement de donner un métier, mais de reconstruire un individu dans sa globalité : son psychisme, sa situation légale et son autonomie économique. Une approche qui reconnaît que les causes de la récidive sont multifactorielles et qu’il faut les combattre sur tous les fronts. Le directeur de la prison de Bunia a salué cette synergie, rappelant que la mission de tout établissement pénitentiaire doit dépasser la simple garde pour embrasser la préparation au retour en société.
Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. La réussite d’une telle initiative se jugera véritablement dans les mois qui suivront les libérations. Les femmes détenues RDC font face, à leur sortie, à un mur de préjugés tenaces, à un accès limité au crédit pour lancer leur micro-entreprise, et à un tissu social parfois méfiant. La formation en prison est une graine, mais sa croissance dépendra de la fertilité du terrain social extérieur. Des programmes de suivi post-carcéral et un changement de regard de la communauté sont des impératifs pour que cette « véritable opportunité », comme la nomment les bénéficiaires, ne soit pas un mirage.
En définitive, l’atelier de la prison de Bunia pose une question fondamentale à toute la société congolaise : voulons-nous des établissements qui ne font qu’enfermer, ou des lieux qui, aussi, réparent et réinsèrent ? L’investissement dans la réinsertion sociale des détenues est un investissement dans la paix sociale et la sécurité de tous. Chaque panier tressé, chaque pâtisserie maîtrisée derrière les barreaux est une pierre ajoutée à l’édifice de la réconciliation et de la reconstruction collective. L’enjeu est de taille, mais l’espoir, lui, a déjà franchi les murs de la prison.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
