« Nous dormons à la belle étoile avec les enfants, et demain, où iront-ils à l’école ? » Cette question angoissée, des dizaines de parents du village Botanakasa, à Bolobo, se la posent depuis vendredi soir. Une pluie d’une violence inouïe s’est abattue sur cette localité de la province du Maï-Ndombe, laissant derrière elle un paysage de désolation et une communauté entière plongée dans la détresse. Les images qui émergent sont celles d’un champ de ruines : des maisons effondrées comme des châteaux de cartes, des toitures envolées, des murs fissurés prêts à céder. En quelques heures, la vie quotidienne de centaines de familles a été réduite à néant.
Le bilan matériel est tout simplement colossal. Selon les premières estimations sur le terrain, une centaine d’habitations se sont entièrement écroulées sous la force des éléments. Mais au-delà des domiciles privés, ce sont les infrastructures collectives, piliers de la vie sociale, qui ont été cruellement touchées. Au moins trois écoles et pas moins de six églises ont été « réduites à terre », selon l’expression des habitants. Comment une communauté peut-elle se reconstruire quand ses lieux d’apprentissage et de culte sont réduits à néant ? Cette catastrophe naturelle dans le Maï-Ndombe pose une question fondamentale sur la résilience des populations face aux chocs climatiques.
La voix de Me Éric Bentobwi, défenseur des droits humains et notable de Bolobo, porte le cri d’alarme de toute une population abandonnée aux intempéries. « C’est une urgence d’apporter secours à cette population, soulager les élèves qui seront en difficulté parce que les bâtiments se sont écroulés. Sinon, ils risquent d’étudier dehors », insiste-t-il, décrivant une situation où des ménages en sont à leur deuxième nuit à la belle étoile. Ses mots soulignent l’urgence humanitaire à Bolobo, une urgence qui dépasse la simple perte matérielle. Des enfants sont désormais exposés aux intempéries, sans toit, et leur avenir scolaire est compromis. Où seront-ils accueillis lundi matin ? Cette pluie à Bolobo a non seulement détruit des murs, mais elle a aussi fissuré le droit fondamental à l’éducation.
Les dégâts à Maï-Ndombe risquent en effet d’avoir un impact profond et durable sur la scolarisation dans cette zone. La destruction de plusieurs bâtiments scolaires crée un vide éducatif immédiat et alarmant. Dans une région où l’accès à l’école est déjà un défi, cette nouvelle épreuve pourrait faire basculer une génération entière d’élèves dans le décrochage. Peut-on imaginer des cours en plein air, sous un soleil de plomb ou à la menace d’une nouvelle averse ? La réponse est évidente. Cette situation met en lumière la vulnérabilité extrême des infrastructures publiques en République Démocratique du Congo, particulièrement dans les zones rurales. Les écoles détruites en RDC par les intempéries ne sont malheureusement pas un cas isolé, mais répètent un scénario qui questionne la solidité des constructions et la prévention des risques.
La géographie explique en partie cette tragédie. La province du Maï-Ndombe est connue pour être l’une des régions les plus arrosées du pays, enserrée entre d’importants cours d’eau et le lac éponyme. Cette configuration expose naturellement ses habitants à des épisodes pluvieux intenses. Mais la récurrence et l’ampleur des catastrophes naturelles en RDC interrogent : jusqu’à quand les populations devront-elles subir seules les conséquences de phénomènes climatiques, sans systèmes d’alerte, sans plans de construction adaptés et sans filets de sécurité sociaux ? Les maisons en terre et en matériaux légers n’offrent aucune résistance face à la fureur des éléments.
Aujourd’hui, le village de Botanakasa symbolise cette double peine : être frappé par une catastrophe et se sentir invisible aux yeux des autorités. L’appel lancé par Me Bentobwi est un appel à la solidarité nationale et à la responsabilité de l’État. Une intervention rapide est nécessaire pour fournir des abris d’urgence, des bâches, de la nourriture et des kits scolaires de première nécessité. Mais au-delà de l’urgence, il faudra penser la reconstruction. Reconstruire en mieux, en plus solide, en intégrant les normes parasismiques et para-cycloniques élémentaires. La résilience de Bolobo et de toute la région du Maï-Ndombe passe par là. Sinon, à la prochaine saison des pluies, le drame ne fera que se répéter, avec son cortège de destructions et de vies brisées. L’heure est à l’action pour éviter que cette urgence humanitaire à Bolobo ne se transforme en crise sociale et éducative de long terme.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
