Le Haut-Katanga, région économique vitale de la République Démocratique du Congo, subit depuis le lundi 18 février une crise énergétique aux conséquences dramatiques. Les territoires de Sakania, Pweto, Kasenga et la commune frontalière de Mokambo sont brutalement privés d’électricité après la décision de la société nationale zambienne d’électricité (ZESCO) de suspendre toute fourniture. Cette coupure d’électricité dans le Haut-Katanga est l’aboutissement d’une accumulation d’impayés de la SNEL envers la Zambie et de l’expiration, en décembre 2018, du contrat liant les deux entités. Plusieurs milliers de ménages et d’entreprises se retrouvent ainsi dans l’obscurité, exposant les fragilités structurelles de l’approvisionnement énergétique transfrontalier.
La ZESCO a justifié cette coupure de courant en RDC par un ultimatum formel adressé à la SNEL dès le 5 février dernier. La société zambienne pointait deux manquements majeurs : le non-paiement récurrent des factures, créant un endettement massif, et l’absence totale de cadre juridique depuis que le contrat d’électricité entre la RDC et la Zambie a pris fin il y a plus de cinq ans. « Opérer sans contrat renouvelé, c’est naviguer à vue dans un secteur aussi stratégique que l’énergie », analyse un expert économique sous couvert d’anonymat. Cette situation place la SNEL dans une position d’illégalité commerciale, offrant à la ZESCO un levier contractuel pour actionner l’interruption de service.
Les conséquences économiques de ce black-out sont immédiates et palpables. Pour les ménages, la perte de l’éclairage et de la capacité de conservation des aliments alourdit le coût de la vie. Pour le secteur informel et les petites entreprises, l’arrêt des activités signifie une perte sèche de revenus. Plus inquiétant encore, l’activité minière, pilier de l’économie provinciale, pourrait voir sa productivité entravée si la crise se prolonge, affectant la croissance nationale. Cette dépendance énergétique vis-à-vis du voisin zambien révèle une vulnérabilité stratégique majeure pour ces zones frontalières. La RDC paie-t-elle le prix de sa propre négligence administrative et financière ?
Sur le plan sécuritaire, l’alerte est maximale. L’insécurité à Sakania, déjà préoccupante, risque de connaître une escalade dangereuse en raison de l’absence totale d’éclairage public. Jean Olondo, coordonnateur de la société civile locale, sonne l’alarme : « Nous étions déjà en proie à des actes de délinquance nocturne. Désormais plongés dans le noir total, nous craignons une recrudescence des cambriolages et des agressions. L’insécurité liée à l’électricité va galoper si une solution n’est pas trouvée rapidement. » Ce climat de peur pourrait entraver toute activité sociale et économique après la tombée de la nuit, transformant les rues en zones de non-droit.
Face à cette tempête, la direction régionale de la SNEL tente de rassurer, mais ses déclarations manquent de précision. Ralph Mbayo, directeur régional Sud, a affirmé que des « démarches sont en cours avec le partenaire zambien » pour un rétablissement « incessant » du courant. Cependant, l’absence de calendrier clair et l’opacité entourant le montant exact des arriérés ou l’état des négociations nourrissent le scepticisme. La SNEL, aux prises avec des défis de gouvernance interne, parvient-elle à mener des discussions crédibles pour débloquer une situation aussi technique que diplomatique ? La promesse d’un retour à la normale « incessant » ressemble à un vœu pieux sans plan de financement concret pour solder la dette.
À plus long terme, cette crise soulève des questions fondamentales sur l’autonomie énergétique de la RDC. Le renouvellement urgent du contrat d’électricité avec la Zambie est une première étape incontournable, mais elle doit s’accompagner d’une stratégie de diversification des sources d’approvisionnement et d’investissements dans la production locale. Le secteur énergétique congolais, pourtant riche en potentiel hydraulique et solaire, ne peut se permettre de rester tributaire des caprices d’un fournisseur unique pour ses régions frontalières. Cette coupure doit servir d’électrochoc pour une refonte de la politique énergétique nationale, intégrant une meilleure gestion commerciale et une planification infrastructurelle robuste.
L’issue de cette crise dépendra de la capacité des autorités congolaises à honorer leurs engagements financiers et à restaurer la confiance avec la ZESCO. Pour les populations du Haut-Katanga, chaque jour passé dans le noir accentue les difficultés socio-économiques et les risques sécuritaires. Cette interruption de service est plus qu’une panne ; c’est le symptôme d’une gestion défaillante qui doit être corrigée en priorité. L’électricité, sang de l’économie moderne, ne peut être une variable d’ajustement dans les relations internationales. Le temps presse pour rallumer la lumière et, avec elle, l’espoir d’une stabilité retrouvée.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
