L’arrivée de la commissaire européenne Hadja Lahbib à Goma, en République démocratique du Congo, marque un nouveau chapitre dans les efforts diplomatiques de l’Union européenne pour apaiser les tensions dans la région instable des Grands Lacs. Sa visite, dense et symbolique, se concentre sur l’épineuse question de l’accès humanitaire, condition sine qua non pour soulager les populations civiles prises au piège des conflits armés.
Après une étape au Rwanda la veille, la représentante européenne a entamé sa journée par un briefing technique avec des acteurs clés du terrain, notamment l’Organisation des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le Réseau international pour la sécurité des ONG (INSO). Ces échanges, organisés au bureau de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO), visaient à dresser un état des lieux précis des blocages qui entravent l’acheminement de l’aide vitale vers les zones les plus touchées. La rencontre avec des organisations nationales de protection a ensuite permis de mettre en lumière le travail crucial, et souvent périlleux, des acteurs locaux.
La réalité concrète de la crise a pris un visage lors de la visite de l’hôpital de Ndosho, une structure soutenue par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Sur place, Hadja Lahbib a reçu un aperçu de la réponse chirurgicale d’urgence, incluant des données sur les tendances des cas traités et la nature des blessures, un indicateur glaçant de la violence environnante. La commissaire a parcouru les services et eu des entretiens privés avec deux patientes, un moment qui a sans aucun doute donné une dimension humaine aux statistiques souvent abstraites des rapports.
Un déjeuner de travail avec les principaux partenaires humanitaires, ONG internationales et agences onusiennes, a consolidé la compréhension des défis opérationnels. Mais le point culminant de cette journée, et potentiellement le plus délicat, était à venir : une rencontre prévue avec les représentants de l’AFC/M23. Dans cette discussion, la question de l’accès humanitaire devait être au cœur des préoccupations de la commissaire. Comment garantir des corridors sûrs pour les convois ? Comment assurer la protection des travailleurs humanitaires ?
Un autre dossier brûlant était également sur la table : la possible réouverture de l’aéroport de Goma. Cette infrastructure est un poumon logistique essentiel non seulement pour l’aide humanitaire mais aussi pour l’économie locale et la connectivité de toute la région. Sa fermeture ou son fonctionnement erratique handicape lourdement les interventions. La position du groupe armé sur ce point est donc un test de sa volonté de faciliter, ne serait-ce que partiellement, un retour à la normale. La veille, au Rwanda, Hadja Lahbib a sans doute préparé le terrain pour ces discussions sensibles, rappelant les responsabilités de toutes les parties.
Cette visite s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe où les intérêts nationaux, les suspicions et les cycles de violence semblent souvent l’emporter sur la volonté de paix. La présence d’une haute responsable européenne à Goma envoie un signal politique fort. Elle démontre que la crise humanitaire dans l’est de la RDC reste une priorité pour Bruxelles, malgré la multiplicité des crises mondiales. L’Union européenne peut-elle jouer un rôle de médiateur crédible ? Sa capacité à obtenir des engagements concrets, notamment sur l’accès humanitaire et le sort de l’aéroport de Goma, sera scrutée à la loupe.
Les réactions locales à cette visite sont mitigées. Si les acteurs humanitaires espèrent un coup de projecteur et un plaidoyer efficace auprès des belligérants, la population, elle, attend des actes plus que des paroles. La réouverture durable de l’aéroport de Goma serait perçue comme un premier signe tangible de progrès. Cependant, les précédents engagements non tenus nourrissent un certain scepticisme. L’analyse des experts régionaux souligne que toute avancée humanitaire reste intrinsèquement liée à une dynamique politique plus large. Sans progrès dans les pourparlers de paix et sans une pression concertée de la communauté internationale, les annonces risquent de rester lettre morte.
En définitive, la tournée de Hadja Lahbib dans la région des Grands Lacs, et spécifiquement sa visite à Goma, est un baromètre de l’engagement européen. Les discussions sur l’accès humanitaire et le statut de l’aéroport de Goma sont des pierres de touche. Si elles aboutissent à des mécanismes opérationnels concrets, elles pourraient apporter un répit bienvenu aux civils. Dans le cas contraire, elles ne seront qu’un énième épisode diplomatique sans lendemain dans une crise qui exige des solutions durables. L’avenir immédiat de milliers de Congolais dépend en partie des résultats de ces négociations discrètes mais cruciales.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
