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CIC et CVR en RDC : La démarche « pastorale » de l’archevêque Dodo Kamba pour un dialogue inclusif

La rencontre entre les autorités religieuses et politiques de la République Démocratique du Congo se présente souvent comme un ballet diplomatique où les intentions affichées doivent être décryptées à la lumière des enjeux du moment. La visite, ce jeudi 19 février, d’une imposante délégation du Conseil interreligieux congolais (CIC) conduite par son président, l’archevêque Dodo Kamba, au siège du Conseil national de suivi de l’Accord de la Saint‑Sylvestre (CNSA), en est une parfaite illustration. L’objet officiel ? Clarifier la nature et les ambitions de l’initiative du CIC concernant la mise en œuvre de la Commission Vérité et Réconciliation RDC. Le sous-texte ? Une tentative de positionnement stratégique dans l’échiquier du dialogue national Congo.

Face à Joseph Olenghankoy, président du CNSA, le prélat a déployé un argumentaire soigneusement calibré pour désamorcer toute suspicion. La démarche du Conseil interreligieux congolais, a-t-il martelé, est « d’ordre pastoral ». Une sémantique choisie avec précision, visant à écarter l’idée d’une concurrence ou d’une entrave au processus politique déjà engagé par le Chef de l’État. « Nous disons non à ceux qui craignent que notre démarche puisse entraver le processus de dialogue », a-t-il déclaré, insistant sur un rôle de facilitateur : « Notre initiative vise plutôt à préparer le terrain, à baliser le chemin, à faciliter les choses. » Cette rhétorique de l’accompagnement vise-elle à masquer une volonté d’influence plus directe, ou répond-elle sincèrement à une logique de complémentarité ? La question reste ouverte, mais le CIC joue ici une carte classique des institutions religieuses : l’autorité morale au service de la médiation.

L’insistance sur l’inclusivité apparaît comme le deuxième pilier de ce positionnement. En se présentant comme celui qui peut « préparer les acteurs politiques et sociaux » et « mettre tout le monde en confiance », le CIC CVR cherche à se constituer en acteur incontournable de tout futur cadre de discussion. Cette ambition de fédérer « toutes les parties en conflit autour d’un idéal commun : la paix en RDC et la cohésion nationale » est noble, mais elle n’est pas dénuée d’arrière-pensées politiques. En s’érigeant en garant de l’inclusivité, le conseil interreligieux place la barre très haut pour les autres initiatives, notamment celle pilotée par le pouvoir en place. Ne s’agit-il pas, in fine, d’une manière subtile de cadrer et d’influencer l’agenda du dialogue à venir ?

La déclaration d’ouverture à « toute initiative, notamment celle de Luanda », sonne comme un geste d’apaisement tactique. En affirmant que le processus angolais « n’entrave en rien ce qui est déjà engagé », l’archevêque Dodo Kamba tente de naviguer dans les eaux troubles de la diplomatie régionale sans se mettre à dos aucune des parties prenantes. Cette prudence est le reflet de la complexité du dossier, où les initiatives se multiplient et se chevauchent parfois, créant un paysage confus pour les observateurs et les acteurs nationaux.

La réaction de Joseph Olenghankoy est tout aussi significative. En prodiguant « des conseils à la délégation du CIC afin que leur démarche ne soit pas détournée de son objectif », le président du CNSA lance un avertissement voilé. Il reconnaît la légitimité de l’approche pastorale tout en soulignant les risques d’instrumentalisation politique ou de dévoiement. Cet échange courtois mais sous-tendu de mises en garde révèle les tensions latentes qui entourent la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation RDC. Chaque acteur, qu’il soit religieux ou politique, tente de définir les règles du jeu et de s’assurer une place prépondérante dans un processus censé apurer les comptes d’un passé douloureux et construire un avenir commun.

Au-delà des déclarations de bonnes intentions, l’initiative du Conseil interreligieux congolais pose une question fondamentale : dans un contexte politique aussi polarisé, l’autorité morale peut-elle véritablement transcender les clivages et créer les conditions d’un dialogue sincère ? Le CIC mise sur son capital de crédibilité et sa perception de neutralité pour y parvenir. Cependant, l’histoire récente du pays montre que les appels à la paix et à la réconciliation se heurtent souvent à la dure réalité des intérêts en présence. La démarche « pastorale » de l’archevêque Dodo Kamba et de ses pairs constitue-t-elle le ciment qui manquait pour un dialogue authentique, ou n’est-elle qu’un nouvel épisode dans la longue série des tentatives avortées ? La réponse se construira dans les prochains mois, à l’aune de la capacité de ces religieux à transformer leur influence morale en levier concret pour une réconciliation nationale inclusive et durable.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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