Dans les camps de déplacés du Nord-Kivu, le regard de Sifa*, 9 ans, raconte à lui seul une tragédie silencieuse. « Ils ont pris mon grand frère. Maman pleure tout le temps », murmure-t-elle, serrant contre elle un bout de tissu déchiré. Son histoire n’est malheureusement pas une exception. Elle est l’un des visages d’une catastrophe humanitaire qui, loin de s’atténuer, s’aggrave de manière dramatique. L’ASBL « Initiative Eminent Mwanda », après plusieurs mois d’enquête sur le terrain, dresse un constat qui glace le sang : les violences enfants RDC ont explosé, transformant l’enfance en un champ de bataille.
Les chiffres, froids et implacables, parlent d’une crise d’une brutalité inouïe. Entre octobre 2025 et janvier 2026, le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles a triplé. Comment une société peut-elle tolérer que l’innocence soit ainsi piétinée ? Les enlèvements, eux, ont été multipliés par six, alimentant un trafic d’êtres humains dans l’ombre des conflits Est Congo. Pire encore, les meurtres et mutilations ont bondi de 700%, tandis que les attaques ciblant les écoles et les hôpitaux – ces sanctuaires censés protéger – ont été multipliées par douze. Une stratégie de terreur qui vise délibérément l’avenir même des communautés.
« Nous sommes face à une déflagration des droits de l’enfant Kivu », alerte Eminent Mwanda, coordonnateur de l’ASBL éponyme. Au micro de notre rédaction, sa voix porte l’urgence et la colère de ceux qui voient l’horreur au quotidien. « Les parties belligérantes, notamment les nombreux groupes armés, instrumentalisent la terreur. Viols, enlèvements, et le recrutement forcé d’enfants soldats RDC sont devenus des armes de guerre courantes. La communauté internationale et nos autorités ne peuvent plus fermer les yeux. Il faut des actes concrets, maintenant. »
Derrière ces statistiques insoutenables se cache une réalité humaine déchirante : plus de 1 100 enfants errent, seuls, dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Ces « enfants non accompagnés », arrachés à leur famille par la fuite ou la violence, incarnent l’extrême vulnérabilité créée par cette guerre sans fin. Ils sont la face cachée de la crise humanitaire Nord-Kivu Sud-Kivu, un réservoir de traumatismes pour toute une génération. Que deviendront ces filles et ces garçons sans repères, sans protection, grandissant dans l’odeur de la poudre et le bruit des armes ?
L’analyse de l’Initiative Eminent Mwanda est sans appel : la persistance et la complexité des conflits armés dans l’Est du pays sont le terreau de cette explosion des violences. L’impunité dont jouissent les auteurs crée un cycle infernal. Les mécanismes de protection de l’enfance, déjà fragiles, sont aujourd’hui submergés et inefficaces face à l’ampleur du désastre. La réponse humanitaire, bien que présente, apparaît comme une goutte d’eau dans un océan de besoins. Comment reconstruire un avenir lorsque les écoles sont détruites et que la peur est le seul sentiment familier ?
Face à cette situation qualifiée d’alarmante, l’organisation plaide pour un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de gérer l’urgence, mais de briser le cycle de la violence. Cela passe par un renforcement drastique et coordonné des systèmes de protection, un soutien psychologique massif pour les enfants traumatisés, et une pression accrue pour mettre fin à l’impunité des groupes armés. La protection des enfants doit devenir une priorité absolue des pourparlers de paix et des stratégies de stabilisation. L’enjeu, au-delà de l’immédiat, est la survie du tissu social congolais. Quand une génération entière est sacrifiée sur l’autel des conflits, c’est tout le pays qui saigne et hypothèque son avenir. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action salvatrice.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
