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Refoulés d’Angola : plus de 1 400 Congolais en détresse oubliés à Tembo

« Ils sont là, abandonnés à leur sort, et chaque jour qui passe est une souffrance de plus. » La voix de Jean Kajiji, président de la société civile de Tembo, est lourde d’une colère impuissante. Dans cette commune rurale du Kwango, le drame silencieux des refoulés de l’Angola prend des proportions alarmantes, dessinant les contours d’une crise humanitaire en RDC que beaucoup semblent ignorer. Des centaines de vies, brisées par l’expulsion, errent maintenant dans un dénuement total, sans que personne ne semble tendre la main.

Entre novembre 2025 et février 2026, la localité de Tembo, dans le Kwango, a vu sa population de déplacés exploser. De plus de 500 personnes, le nombre d’expulsés congolais est monté en flèche pour atteindre 1 472 âmes. Parmi elles, on dénombre 1 025 hommes, 319 femmes, 87 filles et de nombreux enfants. Ces chiffres, froids et administratifs, cachent une réalité beaucoup plus cruelle. Comment une commune rurale, déjà aux prises avec ses propres défis, peut-elle absorber un tel afflux de détresse sans aucun soutien ?

La situation est d’autant plus critique que les plus vulnérables sont laissés pour compte. Vingt-huit femmes enceintes sont privées de tout suivi médical adapté, leurs vies et celles de leurs bébés à naître étant mises en péril. La société civile de Tembo tire la sonnette d’alarme sur la présence d’un nombre important d’enfants de moins de cinq ans, exposés aux maladies et à la malnutrition. « Depuis novembre, ils n’ont bénéficié d’aucune assistance », déplore Jean Kajiji. L’absence de réponse organisée transforme cette crise en une véritable bombe à retardement sanitaire.

Les efforts locaux, bien que louables, se heurtent à des moyens dérisoires. Pire, la précarité généralisée a engendré une recrudescence des vols, plongeant à la fois les refoulés et les habitants de Tembo dans un climat d’insécurité permanent. « Nous sommes victimes de vols, ils sont en train de nous piller », témoigne le leader de la société civile. Il évoque le cas poignant d’une personne souffrant de troubles mentaux, qui, poussée par la faim, en vient à agresser des cultivateurs dans leurs champs. Cet individu, comme les 1 471 autres, est un symbole de l’abandon total dans lequel ces familles sont plongées. Où sont passées la solidarité nationale et l’action humanitaire internationale face à cette détresse ?

Le calvaire ne se limite pas à Tembo. D’autres sites frontaliers, comme Shakufua dans le territoire de Kahemba, font également face à un afflux massif de refoulés congolais. En novembre dernier, l’Assemblée provinciale avait déjà alerté sur la présence de plus de mille personnes à ces deux frontières, parmi lesquelles des hommes ne parlant aucune langue locale, signe de la complexité de ce mouvement de population. Cette crise dépasse largement le cadre local et interroge la gestion des relations transfrontalières et de la protection des citoyens.

« Tembo, en tant que commune rurale, avoir la charge de 1 472 expulsés, cela pèse sur nous. Il n’y a pas de conditions ici », insiste Jean Kajiji. Le fardeau est en effet colossal pour une communauté qui manque de tout : infrastructures de santé, ressources alimentaires, abris décents. L’appel lancé est un cri du cœur : « Le gouvernement doit agir, parce que la vie humaine est sacrée. » Pourtant, jusqu’à présent, ni les autorités congolaises ni les organisations humanitaires ne se sont manifestées de manière concrète pour soulager cette souffrance. Cette inertie est-elle le signe d’une indifférence généralisée ou d’un système de réponse aux urgences défaillant ?

La tragédie qui se joue à Tembo et dans le Kwango est un miroir grossissant des failles de la protection des populations vulnérables en RDC. Elle pose des questions fondamentales sur le droit à la dignité, l’accès aux soins et la responsabilité de l’État envers ses citoyens, où qu’ils se trouvent. Les expulsés congolais d’Angola ne sont pas des statistiques ; ce sont des pères, des mères, des enfants dont l’avenir se consume dans l’attente et l’oubli. Leur sort met en lumière l’urgente nécessité de mettre en place un mécanisme de solidarité nationale et régionale capable de répondre à de tels chocs humanitaires. Sans une action rapide et coordonnée, c’est toute une communauté, autochtones et refoulés confondus, qui risque de sombrer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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