Dans la chaleur étouffante de l’Ituri, une femme marche entre les abris de fortune faits de bâches et de bois. Elle écoute, le visage grave. Anne-Marie Dongi, représentante adjointe du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme en RDC, est en visite dans les sites de déplacés de Kasenyi et Tchomia, à plus de cinquante kilomètres de Bunia. Ce qu’elle y entend est un écho déchirant d’une crise qui perdure. « J’ai entendu des mères parler de la disparition de leurs maris, partis chercher du travail et qui ne sont jamais revenus », confie-t-elle, la voix empreinte d’une émotion palpable. Ces mots, simples et directs, résument le drame quotidien de milliers de familles congolaises piégées dans le cycle infernal de la violence et du déplacement.
Comment une communauté peut-elle envisager l’avenir lorsque ses piliers s’effondrent un à un ? Les témoignages recueillis par la responsable onusienne peignent un tableau accablant : des enfants privés d’école, des personnes incapables de circuler librement faute de papiers d’identité, et une peur omniprésente qui scelle le destin de toute une région. Cette situation n’est pas une fatalité, mais le résultat direct de décennies de conflits. Anne-Marie Dongi le martèle avec une conviction forgée sur le terrain : les trente dernières années ont prouvé, de manière indéniable, que « les armes ne constituent pas une véritable solution » aux problèmes de la République démocratique du Congo. Ce constat amer est le point de départ d’un plaidoyer urgent pour la paix.
La présence et les activités de groupes tels que la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) continuent de jeter une ombre menaçante sur la sécurité des sites de déplacés. Les récents affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et ce mouvement rebelle rappellent à tous la précarité de la trêve. Dans ce contexte, le processus de paix engagé par le Gouvernement congolais, avec l’appui de ses partenaires, n’est pas une option politique parmi d’autres. Selon l’experte en droits humains, il s’agit d’une condition sine qua non, le seul chemin viable pour assurer la promotion et le respect des droits humains en RDC. Sans une sécurité restaurée, tout discours sur la dignité ou le développement reste un vœu pieux.
Mais que signifie la « paix » pour une mère qui ignore si son mari est vivant, ou pour un enfant dont la salle de classe est un souvenir lointain ? C’est la question brûlante qui sous-tend le message de la mission onusienne. La priorité absolue, affirme le Bureau, est le rétablissement de conditions de paix et de sécurité stables. Ce n’est qu’à ce prix que les personnes déplacées de l’Ituri pourront espérer retrouver ne serait-ce qu’un minimum de dignité. Le plaidoyer promis par Anne-Marie Dongi auprès des autorités congolaises et internationales vise précisément cet objectif : transformer la cessation des hostilités en une paix tangible, qui permette le retour, la reconstruction et la réconciliation.
Le chemin sera long. Les défis sont immenses, entremêlant questions sécuritaires, humanitaires et de gouvernance. Pourtant, la visite dans ces sites isolés sert de puissant rappel. Elle humanise des statistiques souvent impersonnelles et met un visage sur la crise des déplacés en Ituri. Elle révèle aussi l’interdépendance fondamentale entre la stabilité politique et l’épanouissement individuel. « Le message que nous voulons porter est clair : la solution à tous ces problèmes, pour garantir un minimum de dignité à la population, c’est la paix », conclut la responsable. Un message simple, mais dont la mise en œuvre nécessitera une volonté collective et inébranlable, capable de faire taire, enfin, le bruit des armes et de redonner une voix à l’espoir dans l’est de la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
