Imaginez un hôpital dans une zone en proie à des violences récurrentes, qui ne peut ni conserver dignement les défunts ni évacuer rapidement les blessés graves. Cette réalité est celle que vit aujourd’hui l’hôpital général d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni, au Nord-Kivu. La morgue de l’établissement est pratiquement inutilisable et son unique ambulance, vieille d’une décennie, est hors d’état de rouler. Dans un contexte où les attaques des groupes armés, notamment des rebelles ADF, génèrent régulièrement des afflux de victimes, cette carence en équipements vitaux constitue une bombe à retardement sanitaire.
Le Dr Kasereka Nzala, médecin directeur de l’hôpital, dresse un tableau alarmant. La morgue actuelle, avec seulement quatre cases, est totalement inadaptée face à l’ampleur des tragédies. “Lors des massacres, nous pouvons recevoir jusqu’à une vingtaine de corps”, explique-t-il. Cette incapacité à stocker les dépouilles dans de bonnes conditions hygiéniques a des conséquences directes et dramatiques : une putréfaction accélérée des corps, empêchant souvent toute identification ultérieure. Comment les familles peuvent-elles faire leur deuil dans de telles conditions ? Cette situation aggrave la détresse psychologique des communautés déjà traumatisées par les violences.
L’autre maillon faible de la chaîne de soins est le transport médical. L’ambulance vétuste de l’hôpital Oicha, acquise il y a plus de dix ans, est désormais immobilisée. Cet équipement est pourtant crucial pour évacuer les malades et les blessés par balles ou par armes blanches depuis les différents quartiers de la cité, la commune, et les localités avoisinantes vers la structure de santé. Sans moyen de transport sécurisé et adapté, le délai entre le traumatisme et la prise encharge s’allonge dangereusement, réduisant considérablement les chances de survie des patients les plus critiques. Cette ambulance hors service symbolise l’isolement et la vulnérabilité de toute une population.
Cette double crise – morgue hors service et ambulance vétuste – plonge l’hôpital dans une situation intenable. Elle met en lumière les défis extrêmes auxquels font face les professionnels de santé dans le territoire de Beni. Ils doivent gérer des afflux massifs de victimes dans des conditions matérielles déplorables, avec le sentiment cruel de ne pas pouvoir fournir des soins dignes. Le Dr Kasereka Nzala lance donc un appel urgent, un cri du cœur, aux autorités tant nationales que provinciales, ainsi qu’aux partenaires humanitaires internationaux présents dans la région.
Son plaidoyer est clair et concret : l’hôpital a un besoin immédiat d’une morgue de grande capacité, répondant aux besoins réels d’une zone en conflit, et d’au moins une nouvelle ambulance fonctionnelle et équipée. Ces investissements ne sont pas un luxe, mais une nécessité absolue pour sauver des vies et préserver la dignité des morts. Dans une région où la violence peut frapper à tout moment, un système de santé résilient et opérationnel est la première ligne de défense pour les civils.
La situation à l’hôpital d’Oicha est un microcosme de la crise sanitaire plus large qui frappe le Nord-Kivu. Elle pose une question fondamentale : jusqu’à quand une population déjà meurtrie devra-t-elle subir un système de santé à bout de souffle ? La réponse passe par un soutien renouvelé et ciblé aux infrastructures médicales de première ligne. La réhabilitation de la morgue et le remplacement de l’ambulance ne sont que les premiers pas urgents pour éviter que la crise humanitaire ne se double d’une catastrophe sanitaire encore plus profonde dans le territoire de Beni.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
