Une nouvelle vague de déplacés internes déferle sur le Nord-Kivu. Depuis ce mercredi 18 février, plusieurs ménages en provenance de Ziralo, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, ont trouvé refuge à Biriko, dans le groupement Waloa Loanda, territoire de Walikale. Cet exode soudain est la conséquence directe d’affrontements violents entre groupes wazalendo qui se disputent le contrôle de plusieurs entités dans la zone de Ziralo. La situation illustre une fois de plus la crise humanitaire persistante qui frappe l’est de la RDC, où les mouvements de populations civiles sont devenus une triste routine.
Selon des sources locales concordantes, les combats ont éclaté le mardi 17 février entre deux factions rivales dirigées respectivement par Kirikicho et Kasilanse. Les échanges de tirs, d’une intensité rare, ont rapidement plongé la région dans la terreur. Le bilan, encore provisoire, fait état d’au moins un milicien tué et de deux civils blessés par balles. Cette escalade de violence a créé un climat d’insécurité insoutenable, poussant des habitants à fuir précipitamment, sans avoir le temps de sauver leurs biens. Les affrontements Sud-Kivu, récurrents, viennent ainsi ajouter une couche supplémentaire à la détresse des communautés locales.
La localité de Ziralo, théâtre de ces heurts, reste sous tension. Plusieurs autres villages avoisinants sont également affectés par cette insécurité latente, générant un sentiment de panique collective. Face à la menace immédiate, la seule option pour des centaines de personnes a été de prendre la route de l’exil. Le déplacement de populations Kalehe vers des zones plus calmes constitue un mécanisme de survie désormais bien rodé dans cette partie du pays. Mais à quel prix ? Les familles arrivent épuisées, traumatisées, et totalement démunies à leur point de chute.
À Biriko, l’accueil est assuré dans l’urgence. Les nouveaux arrivants sont hébergés dans des familles d’accueil, déjà vulnérables, ainsi que dans des églises et des écoles. Le nombre exact de ménages déplacés n’est pas encore officiellement établi, mais l’afflux est décrit comme massif par les autorités locales. Cette soudaine pression démographique et humanitaire sur la communauté hôte risque de créer de nouvelles tensions si une aide extérieure n’arrive pas rapidement. La crise humanitaire Nord-Kivu, déjà complexe, se trouve ainsi aggravée par ce nouvel afflux.
Le chef de groupement Waloa Loanda, Mwami Mafuluko Mwiyanya, a confirmé l’arrivée massive de ces populations et exprimé sa profonde inquiétude. « Ces déplacés ont tout abandonné derrière eux. Leur prise en charge pose un sérieux problème car ils manquent de vivres et d’articles non alimentaires », a-t-il indiqué. Son témoignage met en lumière le défi colossal de la survie quotidienne. Sans abris appropriés, sans nourriture, sans couvertures ni produits d’hygiène, la situation des enfants, des femmes et des personnes âgées est particulièrement alarmante.
Face à cette urgence, l’autorité coutumière lance un appel pressant. Les organisations humanitaires nationales et internationales, ainsi que les autorités provinciales et nationales, sont interpellées pour une intervention rapide. Une assistance urgente en vivres, en eau potable, en kits d’hygiène et en abris temporaires est réclamée. Sans une réponse coordonnée, les conditions de vie dans ce site de fortune pourraient rapidement se dégrader, exposant les déplacés à des maladies et à une malnutrition aiguë. La solidarité des communautés d’accueil, bien que réelle, a ses limites face à l’ampleur des besoins.
Ce nouvel épisode de violence s’inscrit dans un contexte sécuritaire déjà extrêmement fragile dans l’est de la République Démocratique du Congo. Les affrontements entre divers groupes armés, dont les fameux groupes wazalendo parfois instrumentalisés, continuent de semer la désolation. Ces conflits locaux pour le contrôle des ressources et du territoire ont des répercussions démesurées sur les civils, perpétuant un cycle infernal de violence et de déplacement. Comment briser cette spirale ? La question reste entière alors que des milliers de personnes voient leurs vies brisées.
La communauté internationale observe-t-elle cette détaille de la crise congolaise ? La réponse humanitaire, souvent fragmentée et sous-financée, peine à suivre le rythme des nouvelles vagues de déplacés. Les déplacés internes RDC représentent l’une des populations les plus vulnérables au monde. Leur protection et l’accès à l’aide constituent des impératifs moraux et juridiques. Les événements de Ziralo et de Biriko rappellent cruellement que derrière les chiffres et les rapports, ce sont des vies humaines qui sont bouleversées à chaque explosion de violence.
L’avenir immédiat de ces familles déracinées dépend désormais de la rapidité de la réaction des acteurs concernés. Les autorités sécuritaires sont également attendues sur la stabilisation de la zone de Ziralo pour permettre un retour sécurisé des populations. En attendant, la priorité absolue reste de sauver des vies à Biriko et d’éviter qu’une crise humanitaire localisée ne se transforme en catastrophe plus large. La résilience des populations de l’est de la RDC est mise à rude épreuve, une fois de plus.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
