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RDC : La CENI transfère son fichier électoral à l’ONIP, premier pas vers la carte d’identité ?

La République démocratique du Congo assiste-t-elle enfin à l’amorce concrète d’un chantier titanesque, maintes fois annoncé puis reporté ? La cérémonie officielle de remise du fichier électoral des électeurs enrôlés en 2022, organisée jeudi 19 février entre la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et l’Office national de l’identification de la population (ONIP), relance avec force la perspective d’un fichier général de la population RDC. Cet événement, tenu au ministère de l’Intérieur, n’est pas un simple rite protocolaire. Il s’agit d’un geste politique lourd de sens, posant les premiers jalons d’une CENI ONIP collaboration présentée comme le socle d’une administration modernisée. Mais au-delà des discours, cette mutualisation des données saura-t-elle transcender les écueils du passé et répondre aux attentes d’une population en attente d’une reconnaissance officielle ?

L’acte de transfert consacre une volonté affichée de rationalisation et d’efficacité. Le gouvernement entend ainsi capitaliser sur l’investissement consenti lors des opérations d’enrôlement pour en faire le point de départ de l’identification citoyens Congo. Le président de la CENI, Denis Kadima Kazadi, a immédiatement tempéré l’enthousiasme en rappelant l’impérieuse nécessité d’une mise à jour fichier électoral rigoureuse. « Le fichier électoral n’est donc pas une fin en soi », a-t-il précisé, soulignant que ce socle, bien que précieux, devait être impérativement actualisé pour retracer les décès, les mobilités résidentielles et l’accession à la majorité des jeunes. Cette prudence est-elle le signe d’une prise de conscience des limites d’un outil figé dans le temps, ou une manœuvre pour partager la responsabilité d’un éventuel futur échec ?

L’ambition affichée est, il est vrai, colossale. Denis Kadima a défendu une vision inclusive du futur registre, devant englober « l’ensemble des personnes résidant sur le territoire », sans distinction de statut, et incluant les Congolais de la diaspora. Une telle proclamation, si elle répond à un idéal républicain, pose immédiatement la question des moyens logistiques, financiers et techniques d’une opération d’une telle envergure. Le directeur général de l’ONIP, Richard Ilunga, a salué ce « tournant décisif », mais le passage de l’incantation à la matérialisation constituera le véritable test de crédibilité pour ces institutions.

Cet événement s’inscrit dans un contexte politique bien précis, marqué par une promesse présidentielle récurrente : la délivrance d’une carte d’identité nationale RDC. Dans son discours sur l’état de la Nation, le Président Félix Tshisekedi a personnellement annoncé la relance du processus, précisant que les données et kits de la CENI seraient transférés à l’ONIP. Les électeurs déjà enrôlés deviendraient ainsi les premiers bénéficiaires de ce sésame tant attendu. Cette annonce cherche visiblement à créer une dynamique positive, mais ne peut faire oublier les déconvenues antérieures. Le précédent contrat, conclu avec le consortium Idemia-Afritech pour 1,2 milliard de dollars et annulé pour surfacturation, plane comme un spectre sur le nouveau démarrage. Le pouvoir joue donc gros sur ce dossier, dont la réussite serait un marqueur fort de modernisation, mais dont l’échec ou les lenteurs nourriraient un cynisme populaire déjà bien ancré.

La présence du Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, venant « encourager la collaboration », souligne l’importance que l’exécutif accorde à ce dossier. Il s’agit ni plus ni moins d’un projet de souveraineté, visant à doter l’État d’un instrument fondamental de connaissance et de gestion de sa population. La CENI ONIP collaboration est ainsi érigée en laboratoire de la capacité de l’administration congolaise à mener à bien des réformes structurelles. Cependant, la route reste semée d’embûches : stabilisation budgétaire promise seulement à partir de 2026, défis techniques de fusion et de sécurisation des bases de données, et impératif de transparence absolue pour éviter tout nouveau scandale.

Au final, la remise du fichier électoral ouvre une fenêtre d’opportunité. Elle marque une transition où la CENI, ayant rempli sa mission électorale, passe le témoin à l’ONIP pour le chantier plus vaste de l’identification civile. La constitution du fichier général de la population RDC devient ainsi le prochain grand chantier politique et technique du quinquennat. Sa réussite dépendra de la pérennisation de l’esprit de collaboration célébré ce jour, mais aussi de la ferme volonté politique d’allouer les ressources nécessaires et d’imposer une gouvernance irréprochable. L’espoir d’une carte d’identité nationale RDC renaît, mais les citoyens congolais, privés de ce document depuis des décennies, attendront des actes concrets avant de crier victoire. Le temps de l’administration est-il enfin en phase avec le temps politique et les aspirations populaires ? L’histoire, et la rigueur des prochaines étapes, apporteront la réponse.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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