Les attaques contre les civils ont repris avec violence au mois de janvier 2026 dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a confirmé cette recrudescence dans son dernier aperçu humanitaire. La zone de santé de Komanda, dans le territoire d’Irumu, a été particulièrement touchée, marquant un revers inquiétant pour une région qui tentait de retrouver un semblant de normalité.
Le 25 janvier, au moins 25 civils ont été froidement abattus à Bwanasura, localité située sur l’axe Komanda–Luna. Selon les sources de la société civile locale, cette attaque ciblée intervient sur un axe routier récemment rouvert, la route nationale RN4. Cet axe symbolisait pourtant un espoir de retour pour de nombreuses populations déplacées depuis fin 2025. Sa fragilité est maintenant exposée au grand jour. La détérioration sécuritaire qui en découle menace de provoquer de nouveaux mouvements de populations et de restreindre encore davantage l’accès des acteurs humanitaires, pourtant cruciaux.
Comment les humanitaires peuvent-ils atteindre ceux qui ont tout perdu ? La question se pose avec acuité alors que les conditions de vie dans les sites de déplacés autour de Bunia, la capitale provinciale, se dégradent. Des évaluations menées entre fin décembre 2025 et début janvier 2026 révèlent une situation précaire dans 11 sites hébergeant plus de 7 455 personnes. Ces familles font face à la dégradation des infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA), à des abris détériorés et à des risques de protection accrus, incluant violences basées sur le genre et mariages précoces. La crise humanitaire à Bunia prend ainsi une ampleur alarmante.
Parallèlement, le territoire voisin de Mambasa n’est pas épargné. Le 8 janvier, au moins 29 personnes ont été enlevées dans le village de Bandibwame, en zone de santé de Lolwa. Ce rapt massif a immédiatement provoqué la fuite d’environ 1 800 personnes vers des localités perçues comme plus sûres. L’insécurité à Mambasa prend une nouvelle forme, celle de l’enlèvement, plongeant les communautés dans la terreur. La présence persistante d’éléments armés dans les forêts et villages de la zone restreint sévèrement l’accès aux champs, faisant planer le spectre d’une aggravation de l’insécurité alimentaire pour des populations déjà vulnérables.
La situation humanitaire en Ituri demeure donc extrêmement tendue, structurée par une insécurité persistante et des déplacements massifs de populations. Les besoins en vivres, soins médicaux, abris, eau potable et protection sont immenses et ne font que croître. Les attaques des groupes armés dans les territoires de Djugu et d’Irumu ont jeté sur les routes des milliers de personnes, épuisées et traumatisées. À ce lourd tribut s’ajoutent des défis sanitaires majeurs, avec la résurgence d’épidémies comme la rougeole et le Mpox, ainsi que les impacts dévastateurs des catastrophes naturelles.
Qui se cache derrière cette vague de violence ? L’ombre des Forces démocratiques alliées (ADF) plane une fois de plus sur la région. Ce groupe armé d’origine ougandaise, actif depuis près de trois décennies dans l’est de la RDC, a prêté allégeance à l’État islamique en 2019. Les ADF à Komanda et ailleurs représentent une menace hybride, combinant terrorisme et criminalité violente. Malgré les opérations militaires conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise, leur capacité de nuisance reste intacte, comme en témoignent les récentes attaques.
Le paysage sécuritaire iturien est toutefois plus complexe. Il est aussi miné par des tensions intercommunautaires explosives et par l’activisme d’autres rébellions, comme la Convention pour la révolution populaire (CRP) dirigée par Thomas Lubanga. Ancien seigneur de guerre condamné par la Cour pénale internationale, Lubanga a été libéré en 2020, et son mouvement ajoute une couche d’instabilité à une province déjà à bout de souffle.
Face à cette spirale infernale, quelle issue possible ? Les déplacés d’Irumu et de Mambasa attendent des réponses concrètes en termes de sécurité et d’assistance. La communauté internationale et les autorités nationales sont interpellées. Sans une action coordonnée et robuste pour rétablir l’ordre et protéger les civils, le cycle de la violence et des déplacements risque de se perpétuer indéfiniment en Ituri, condamnant des générations à vivre dans la peur et le dénuement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
