L’actualité footballistique congolaise est secouée par une polémique aussi vive qu’inattendue. Au cœur de la tempête : Otis Ngoma, l’entraîneur désormais au FC Les Aigles du Congo, accusé de « trahison » pour avoir simplement réclamé ce qui lui était dû. La révélation de son nom sur la liste des créanciers du Daring Club Motema Pembe (DCMP), lui valant des comparaisons peu flatteuses à Judas Iscariote, a mis le feu aux poudres. Mais dans cette affaire d’arriérés de salaires, qui est vraiment dans son tort ?
Alors que les critiques fusent, une voix s’élève pour défendre avec force l’honneur du technicien. Vidiye Tshimanga Tshimpanda, le président du FC Les Aigles du Congo où Otis Ngoma officie désormais en tant que directeur sportif, monte au créneau sans ambages. Pour lui, l’affaire est d’une clarté cristalline : son collaborateur n’a fait qu’exercer un droit des plus légitimes. « Le coach Otis a voulu faire valoir ses droits. Où est mon problème ? », lance-t-il, poussant le débat bien au-delà du simple cas personnel.
Le message du dirigeant est sans équivoque. Il tient à établir une frontière nette entre les pratiques de son institution et celles dénoncées ailleurs. Ni lui, ni le FC Les Aigles du Congo ne sont partie prenante dans ce litige qui oppose Ngoma à son ancien employeur, le prestigieux Daring Club Motema Pembe. « Je ne suis pour rien dans tout ça », affirme-t-il, avant de marteler la philosophie de son club : le respect scrupuleux du contrat. Une règle d’or qui, selon ses dires, s’applique à tous, sans exception. « Ici, même les chauffeurs ont des contrats. Si vous n’êtes pas en mesure de respecter ceux qui travaillent pour vous, ils ont le droit d’aller porter plainte contre vous. » Une déclaration qui sonne comme un manifeste pour la professionnalisation du football congolais.
Cette prise de position intervient dans un contexte lourd de conséquences pour le DCMP. Les « Immaculés » viennent en effet d’encaisser un coup sévère de la part des instances disciplinaires. Poursuivi par plusieurs dossiers d’anciens entraîneurs et joueurs réclamant le paiement de salaires impayés, le club de la capitale a été sanctionné d’un retrait massif de 24 points sur les 26 engrangés en championnat national d’élite. Une décision qui le propulse littéralement de la course au titre à la dernière place de son groupe, avec un compteur affichant seulement deux misérables unités. Une chute vertigineuse qui illustre le prix à payer pour le non-respect des engagements contractuels.
Mais au-delà des points perdus et du classement chamboulé, cette affaire pose une question fondamentale pour l’avenir du sport roi en République Démocratique du Congo. Jusqu’où peut-on tolérer que des clubs historiques, piliers du championnat national d’élite, fonctionnent en laissant derrière eux une traînée de dettes sociales ? La défense ardente de Tshimanga Tshimpanda en faveur d’Otis Ngoma n’est pas qu’un simple soutien à un collaborateur. C’est un plaidoyer pour un changement de culture. Un appel à ce que la valeur « contrat » soit sacralisée, garantissant ainsi une stabilité indispensable aux sportifs et aux techniciens.
Le cas d’Otis Ngoma, désormais à l’abri au sein des Aigles du Congo, devient ainsi un symbole. Celui de ces nombreux acteurs du football local qui, après avoir donné leur énergie et leur expertise, se retrouvent dans l’obligation de mener un combat judiciaire épuisant pour obtenir le fruit de leur travail. La virulence des attaques contre lui révèle-t-elle une certaine mauvaise conscience, ou simplement une incompréhension face à une exigence de professionnalisme de plus en plus pressante ?
Alors que la Linafoot tente de structurer et de professionnaliser le championnat, de tels litiges rappellent les obstacles persistants sur la route. La sanction infligée au Daring Club Motema Pembe est un signal fort, un avertissement à l’ensemble des clubs de l’élite. Elle démontre que l’impunité a ses limites. Dans le même temps, la fermeté du président des Aigles du Congo montre qu’une autre voie, basée sur le respect et la formalisation, est possible et même nécessaire pour construire un football congolais solide et crédible. L’affaire est donc loin d’être close. Elle pourrait bien marquer un tournant dans les relations contractuelles au sein du football de la RDC.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
