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Prostitution à Goma et Bukavu : des travailleuses rwandaises appellent à la paix pour sauver leur économie

« Depuis plus d’un an, c’est la disette. Goma et Bukavu étaient nos marchés, notre gagne-pain. Aujourd’hui, avec cette guerre, les clients ont disparu, et avec eux, notre dignité. » Le témoignage d’Amélie*, une travailleuse du sexe rwandaise basée à Gisenyi, résume une crise invisible mais profonde qui secoue l’économie informelle transfrontalière entre le Rwanda et l’Est de la République Démocratique du Congo. La présence militaire et l’insécurité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont brisé des circuits économiques ancestraux, plongeant dans la précarité des milliers de personnes dont la survie dépendait des échanges entre les deux rives.

À Gisenyi, ville rwandaise jumelle de Goma, l’ambiance est morose dans les quartiers où se concentrent les travailleuses du sexe rwandaises. Autrefois, la frontière avec la RDC était plus une opportunité qu’une barrière. La prostitution entre Goma et Bukavu constituait un secteur florissant, alimenté par une clientèle mixte de Congolais, d’expatriés et de touristes attirés par le potentiel du tourisme dans l’Est de la RDC. « Les Congolais étaient généreux, ils payaient bien et nous traitaient avec respect. On pouvait subvenir aux besoins de sa famille, scolariser les enfants, et même épargner un peu », raconte une autre femme, le regard fuyant, sous couvert d’anonymat. Mais depuis l’intensification du conflit et la présence accrue du M23 soutenu par Kigali, cette manne s’est tarie. La peur a remplacé le commerce, paralysant toute la chaîne de l’économie informelle au Nord-Kivu.

Cette crise illustre l’interdépendance fragile des populations de la région. Comment une activité aussi localisée peut-elle refléter les maux d’un conflit géopolitique ? Pour ces femmes, l’enjeu est simple : la paix n’est pas un concept abstrait, mais la condition sine qua non de leur survie économique. « Nous ne sommes pas des espionnes, nous sommes des mères, des filles qui essayons de vivre. Pourquoi devrions-nous souffrir à cause d’une guerre que nous ne comprenons pas ? », interroge une troisième témoin, la voix tremblante de colère. Elle dénonce l’impact de la situation sécuritaire qui, selon elle, « pénalise les Rwandais ordinaires » dont beaucoup dépendaient, directement ou indirectement, de la dynamique économique congolaise. Cette détresse économique pousse même certaines à un discours radical, appelant à boycotter la destination Rwanda pour faire pression en faveur de la paix au Sud-Kivu et au Nord-Kivu.

Au-delà des jugements moraux sur l’activité en elle-même, cette situation pose une question sociale cruciale : que deviennent ces femmes et leurs dépendants lorsque le fragile équilibre économique s’effondre ? L’effet domino est implacable. La fermeture virtuelle de la frontière pour les échanges informels affecte les petits commerces, les transports, et l’ensemble du tissu social des villes frontalières. La prostitution à Goma et Bukavu n’était qu’un maillon, certes controversé, d’un écosystème économique bien plus large. Sa paralysie est un symptôme alarmant de l’asphyxie générale qui frappe la région.

Le cri de détresse de ces travailleuses du sexe rwandaises est avant tout un plaidoyer pour la normalité. Elles ne réclament pas une aide humanitaire, mais simplement la possibilité de retravailler dans un environnement stable et sécurisé. Leur appel à la paix rejoint celui de millions de Congolais épuisés par des décennies de violence. Il révèle une vérité souvent occultée : les victimes collatérales des conflits armés dépassent les frontières et les statuts sociaux. L’instabilité ne fait pas de distinction entre combattants et civils, entre activités formelles et informelles.

Alors que la communauté internationale cherche des solutions pour apaiser les tensions dans la région, il serait salutaire d’écouter ces voix de l’ombre. Le retour à une sécurité minimale est le premier pas pour relancer non seulement le tourisme dans l’Est de la RDC, mais aussi toute l’économie locale, dans toute sa complexité et ses réalités humaines parfois dérangeantes. La stabilité à Goma et à Bukavu signifie la possibilité de manger à sa faim, des deux côtés de la frontière. En définitive, la paix n’est pas seulement un idéal politique ; c’est le socle indispensable de toute dignité et de toute prospérité, même pour ceux qui survivent dans les marges de l’économie.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Eventsrdc

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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