Dans un coup de force administratif qui en dit long sur les tensions au sein des appareils de l’État, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a décidé de suspendre, à titre conservatoire, le directeur général de l’Office Congolais de Contrôle (OCC). Cette décision, prise par arrêté ministériel ce lundi 16 février, ne se contente pas de remplacer un haut fonctionnaire ; elle ouvre une boîte de Pandore sur des pratiques de gestion qui auraient sapé les fondements mêmes de cette institution clé pour le contrôle des échanges. Le patron suspendu, Étienne Tshimanga Mutombo, est accusé d’avoir orchestré un système de fraude sophistiqué, mettant en péril non seulement les finances publiques mais aussi la crédibilité du pays dans ses procédures douanières.
Les griefs sont lourds et multiples. Au cœur du scandale, la mise en place présumée d’un système informatique parallèle dédié au contrôle des importations et exportations. Ce dispositif, fonctionnant en marge des circuits officiels, aurait permis l’émission et l’utilisation frauduleuse de fausses attestations de vérification (AV). Ces documents, pourtant censés garantir la conformité et la qualité des marchandises, seraient devenus une monnaie d’échange dans un schéma opaques. Selon des sources administratives bien informées, ce détournement des procédures aurait causé un manque à gagner « considérable » pour le trésor public, chiffré à plusieurs milliers de dollars américains. Une hémorragie financière qui intervient dans un contexte où l’État congolais a plus que jamais besoin de ressources pour ses priorités de développement.
Mais la suspension du directeur général de l’OCC ne se limite pas à des accusations de fraude. Elle s’appuie également sur un constat accablant de gestion chaotique des ressources humaines et financières de l’office. Le ministre Julien Paluku Kahongya, dans sa décision, pointe du doigt une administration défaillante, marquée par des actes d’insubordination et un climat délétère. Comment une institution aussi stratégique a-t-elle pu sombrer dans un tel désordre ? La question mérite d’être posée, car elle interroge les mécanismes de contrôle interne et la supervision gouvernementale. L’autorité ministérielle affirme que les explications fournies par M. Tshimanga dans le cadre de la procédure disciplinaire ont été jugées insuffisantes, voire non convaincantes, face à la gravité des faits allégués.
Face à cette tempête, le ministre a choisi de privilégier des mesures urgentes. L’intérim à la tête de l’OCC est confié à la directrice générale adjointe, Christelle Muabilu, chargée d’assurer la continuité des services dans une institution dont la mission de contrôle est cruciale pour l’économie nationale. Parallèlement, l’arrêté prévoit des poursuites administratives et extra-administratives non seulement contre l’ancien directeur général, mais aussi contre les agents et cadres présumés complices de ces agissements. La création d’une commission de redressement de l’OCC constitue une autre pièce maîtresse de cette stratégie. Sa mission, dont les détails seront précisés par un texte ultérieur, consistera vraisemblablement à assainir l’institution, à restructurer son fonctionnement et à restaurer sa crédibilité. Julien Paluku Kahongya joue donc gros avec cette intervention musclée, dont l’échec pourrait fragiliser durablement la perception de son ministère et, au-delà, de la gouvernance économique du pays.
Les implications politiques de cette affaire dépassent le simple cadre disciplinaire. Elle met en lumière les vulnérabilités persistantes des établissements publics congolais face aux dérives gestionnaires et à la corruption. L’OCC, par son rôle de garde-fou technique, est un maillon essentiel de la chaîne de valeur économique. Sa mise en cause risque d’entacher la confiance des opérateurs économiques, nationaux et internationaux, dans les mécanismes de contrôle congolais. Le ministre, en agissant avec célérité, tente de contenir cette crise de confiance. Cependant, la véritable efficacité de cette mesure dépendra des conclusions de la commission de redressement et de la capacité de l’État à traduire en justice les responsables de ces malversations présumées.
À présent, tous les regards se tournent vers la prochaine étape. La composition et le mandat de la commission de redressement seront scrutés à la loupe. Saura-t-elle mener une enquête indépendante et impartiale, ou sera-t-elle instrumentalisée dans des jeux d’influence plus larges ? La suspension conservatoire d’Étienne Tshimanga Mutombo n’est probablement que le premier acte d’un feuilleton administrativo-judiciaire complexe. Pour le gouvernement, l’enjeu est de taille : démontrer que la tolérance zéro annoncée en matière de mauvaise gestion n’est pas un simple slogan, mais une politique appliquée, même au plus haut niveau de l’administration. L’affaire de l’OCC devient ainsi un test crucial pour la crédibilité des réformes engagées dans le secteur public congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
