Dans la nuit de lundi à mardi, un souffle de soulagement a parcouru les collines du territoire de Walikale. Après vingt-huit longues journées de silence numérique, le signal du réseau Vodacom a enfin recommencé à clignoter sur les écrans des téléphones. Pour des milliers d’habitants de cette partie reculée du Nord-Kivu, cette reprise n’est pas qu’une simple question de confort. C’est le retour à la vie économique, à la sécurité et au lien social. « Nous pouvons enfin reprendre nos activités sans stress. Le téléphone est devenu vital pour nous », confie, la voix empreinte d’émotion, un habitant de Pinga, l’une des localités les plus affectées. Son témoignage résume le calvaire vécu par toute une région.
Comment une simple coupure de réseau peut-elle plonger des communautés entières dans la détresse ? La réponse se dessine dans le quotidien bouleversé des populations de Pinga, Mubi, Losso, ou encore Itebero. Pendant un mois, l’absence des services télécoms de Vodacom Nord-Kivu a agi comme un poison lent, paralysant les échanges et amplifiant les vulnérabilités. Les petits commerçants n’ont plus pu commander de marchandises. Les agriculteurs ont vu leurs produits pourrir, incapables de joindre les acheteurs. Le précieux service de mobile money en RDC, devenu le cordon ombilical financier de régions souvent dépourvues de banques, est tombé en panne sèche, gelant les économies et bloquant les salaires.
La situation a rapidement dépassé le cadre économique pour toucher à la sécurité humaine. Dans un contexte où la menace des groupes armés plane toujours, la téléphonie mobile dans l’Est Congo est souvent le premier, et parfois le seul, moyen d’alerte. Sans réseau, plus d’appels possibles pour prévenir d’un mouvement suspect, pour demander de l’aide. Des habitants ont dû parcourir des dizaines de kilomètres à pied, bravant des routes impraticables et des zones à risques, dans l’espoir de capter une barre de signal pour donner des nouvelles à leur famille ou signaler une urgence. Cette coupure réseau à Walikale a brutalement rappelé à tous que dans ces zones enclavées, la connexion est une question de survie.
Aujourd’hui, avec le rétablissement des axes Mubi-Losso, Mpofi-Mungazi-Kashebere, Ntoto-Buhimba et Itebero-Musenge-Hombo, la vie reprend son cours. Les notifications de transactions Mobile Money recommencent à sonner, redonnant un rythme aux marchés. Les familles séparées par la distance peuvent à nouveau s’appeler. Mais ce soulagement est teinté d’une profonde anxiété. La population, si heureuse de retrouver ses services télécoms dans le Nord-Kivu, s’interroge : pour combien de temps ? Cette interruption d’un mois n’est-elle que le symptôme d’une fragilité plus grande des infrastructures dans les territoires oubliés ?
Les espoirs sont désormais tournés vers des solutions durables. Les habitants appellent à des investissements conséquents pour sécuriser les réseaux et éviter que de telles ruptures, aux conséquences socio-économiques si lourdes, ne se reproduisent. Cette crise a mis en lumière la dépendance critique de ces régions à un seul opérateur et la nécessité de renforcer la résilience des services essentiels. Alors que la connexion revient, c’est tout un modèle de développement et de sécurité qui doit être repensé pour les zones reculées de la RDC. Le retour du signal Vodacom est une bonne nouvelle, mais il ne doit pas faire oublier la vulnérabilité structurelle qu’il a exposée au grand jour.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
