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Affaire Philémon Yav : la Haute Cour militaire interroge un nouveau général témoin clé

La Haute Cour militaire a rouvert, ce mardi 17 février 2026, l’instruction au fond du dossier sensible opposant l’auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo au lieutenant-général Philémon Yav Irung. Sous la présidence du lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay, la juridiction s’est attelée à la poursuite des auditions des renseignants, une étape cruciale dans ce procès pour trahison qui mobilise l’attention des observateurs judiciaires et politiques.

Conformément à une demande de la défense formulée fin janvier, le lieutenant-général Sikabwe Asinda Fall, actuel directeur général d’Afridex et ancien haut responsable des opérations militaires dans l’Est, a été convoqué pour être entendu. Sa déposition est particulièrement attendue, suite aux révélations de l’ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, le lieutenant-général Constant Ndima. Ce dernier avait indiqué que le général Sikabwe Fall, de retour d’une rencontre aux États-Unis, aurait été approché par son homologue rwandais évoquant des projets d’élimination d’officiers généraux congolais considérés comme des obstacles. Cette audition s’inscrit dans une série diligentée par les juges, qui avaient précédemment entendu quatre autres officiers généraux en qualité de renseignants.

L’affaire repose principalement sur l’examen de deux messages, dont l’existence et la teneur font l’objet de vives controverses entre l’accusation et la défense. Le premier, attribué par le ministère public au colonel Senkoko Célestin, secrétaire particulier du général rwandais James Kabarebe, aurait été rapporté par le feu général Peter Cirimwami. Selon les déclarations enregistrées à la barre, ce message, libellé « C’est ce Cirimwami-là qui bloque notre projet », aurait mis en cause le général Philémon Yav, présenté comme étant en intelligence avec « l’ennemi rwandais ». Le lieutenant-général Constant Ndima a confirmé avoir été informé de cette situation par le général Cirimwami et avoir transmis l’information à sa hiérarchie à Kinshasa.

Le second message découlerait d’une conversation à l’hôtel Serena de Goma entre le général Philémon Yav et le général de brigade Mwehu Lumbu Evariste. Ce dernier a reconnu devant la Haute Cour militaire avoir reçu des propos décourageants de la part de son supérieur, estimant qu’une victoire au front « profiterait à ces Bangala ». Pour l’auditeur général, ces faits relèvent respectivement de l’infraction de trahison, assimilée à une participation à un mouvement insurrectionnel, et d’incitation des militaires à des actes contraires au devoir.

Face à ces accusations graves, pouvant conduire à la peine capitale, le collectif d’avocats de la défense maintient une ligne argumentaire inflexible : l’exigence de preuves matérielles. Les conseils du général Yav dénoncent avec constance l’absence de production du message téléphonique incriminé, soulignant que la charge de la preuve incombe entièrement à l’organe poursuivant. Ils estiment inadmissible qu’un officier supérieur puisse être jugé, a fortiori pour un crime aussi grave, sur la base d’un élément probatoire non versé au dossier de cette procédure devant la plus haute instance militaire du pays.

L’intéressé, le lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de défense couvrant les provinces de l’Est, persiste à rejeter en bloc les faits qui lui sont reprochés. Il reconnaît avoir reçu un message anonyme en mai, mais en conteste radicalement le contenu, affirmant qu’il portait sur la guerre psychologique liée aux FDLR et non sur un quelconque plan rwandais. « C’est ici que j’ai entendu parler de James Kabarebe », a-t-il déclaré à la barre, niant tout contact avec l’entourage des officiels de Kigali. Il a en outre contesté la chronologie des événements présentée par l’accusation.

De son côté, l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, campe sur ses positions. Tout en concédant ne pas avoir vu personnellement le message, il affirme que sa thèse est confortée par la convergence des témoignages, notamment celui du défunt général Cirimwami. L’organe poursuivant soutient que le prévenu a contribué à la disparition de la preuve en refusant de communiquer le code d’accès de son téléphone, ce qui a nécessité une expertise.

Ce procès militaire en RDC, qui entre dans une phase décisive d’instruction, dépasse le cadre strictement judiciaire pour s’inscrire dans un contexte politico-militaire complexe. L’arrestation en septembre 2022 du général Yav, surnommé « le Tigre » et issu du Grand Katanga, avait été interprétée par certains cercles politiques comme un signe de marginalisation régionale, une allégation systématiquement rejetée par l’armée qui invoque le strict respect de la législation militaire. Alors que la défense réclame encore la comparution d’autres hauts gradés, la Haute Cour militaire poursuit méthodiquement son travail d’établissement de la vérité judiciaire, dans une affaire où les enjeux de sécurité nationale et de justice militaire sont inextricablement mêlés.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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