Une onde de choc parcourt les quartiers populaires de Lubumbashi, où des centaines de familles vivent au rythme d’une pollution minière silencieuse et dévastatrice. Il y a trois mois, des rejets d’eaux acides chargées de métaux lourds en provenance des installations de la société CDM inondaient les zones de Kasapa, Kamatete et Kamisepe. Aujourd’hui, si les autorités affichent une réponse institutionnelle, les défenseurs des droits dénoncent un leurre. L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) pointe du doigt des mesures « limitées et inadaptées » à la catastrophe écologique et sanitaire en cours dans le Haut-Katanga. Mais au-delà des mots, que cache réellement cette affaire ?
Le drame est d’abord chimique. Les écoulements toxiques ont contaminé les sols et les sources d’eau, exposant des communautés entières à un cocktail de substances dangereuses. « Les métaux lourds retrouvés dans ces eaux acides charrient des perturbateurs endocriniens qui auront un impact sanitaire à long terme », alerte Hubert Tshiswaka Masoka, coordonnateur de l’IRDH. Cette pollution ne se contente pas de brûler les pieds ; elle s’infiltre dans les organismes, préparant le terrain pour des pathologies chroniques, voire cancérigènes, qui pourraient éclore dans les années à venir. Une véritable bombe à retardement sanitaire dont le gouvernement semble sous-estimer la mèche.
Face à l’urgence, une commission interministérielle avait été dépêchée. Son rapport a validé un plan d’action incluant réparation des dégâts environnementaux, indemnisations pour les populations, et des travaux de dépollution. Des mesures que le pouvoir central présente comme une base solide. Pourtant, pour l’IRDH, cette réponse est un cautère sur une jambe de bois. L’organisation déplore une application laxiste par la CDM et, surtout, une vision court-termiste qui néglige le suivi médical des victimes. Où est le dispositif de monitoring à long terme pour ces communautés empoisonnées ? La question reste en suspens, tandis que l’angoisse grandit dans les foyers.
Le cœur du litige bat autour d’un chiffre : 6 millions de dollars. C’est la somme que le gouvernement a allouée pour réparer l’irréparable. Une goutte d’eau face à l’océan de besoins, selon la société civile. L’IRDH, dans un mémorandum, avait plaidé pour une enveloppe de 100 millions de dollars destinée notamment à construire un centre de santé de référence capable de prendre en charge les maladies graves à venir. « Pour nous, 6 millions ne reflètent ni la gravité de la pollution ni les risques sanitaires futurs », assène l’institut. Cet écart abyssal interroge sur la valeur accordée à la santé publique et à la vie des Congolais face aux intérêts miniers.
L’affaire dépasse désormais le cadre local. L’IRDH annonce son intention de saisir le ministre de tutelle pour exiger une relecture de la décision. L’enjeu est de taille : il s’agit d’un des premiers cas de pollution industrielle officiellement traité en RDC. La jurisprudence qui en découlera pourrait créer un précédent capital. Il est impératif, martèle l’organisation, de distinguer les projets de développement ordinaires du cahier des charges de la CDM des mesures de réparation spécifiques liées au préjudice écologique. La confusion entre les deux reviendrait à laisser l’entreprise s’acquitter de ses obligations sociales pour faire oublier sa dette environnementale.
À Lubumbashi, l’air est lourd de métaux et d’incertitude. Les rejets d’eaux acides de la CDM ont mis à nu la vulnérabilité des populations riveraines et les lacunes d’un système de réponse aux crises environnementales. Les droits humains à un environnement sain et à la santé sont-ils négociables ? La réponse des autorités, jugée dérisoire par les défenseurs, semble pencher vers un « oui » inquiétant. Cette histoire n’est pas qu’un fait divers local ; c’est un test crucial pour la capacité de la RDC à faire primer la justice environnementale et la protection de ses citoyens sur les logiques prédatrices. Le temps presse, car chaque jour qui passe, les métaux lourds continuent leur œuvre sournoise, minant l’avenir de tout un peuple.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
