Le jeudi 12 février, une silhouette métallique a fendu le ciel de Goma, brisant un silence aérien qui durait depuis une année. L’atterrissage d’un hélicoptère de la MONUSCO sur le tarmac de l’aéroport du Nord-Kivu a été bien plus qu’une simple opération logistique. Dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes, cet événement a été immédiatement interprété comme un signal, un geste porteur d’un espoir longtemps attendu pour la sécurité en RDC.
Un symbole opérationnel dans un ciel tendu
Cet atterrissage marque la fin d’une interruption d’un an de l’accès aérien direct à Goma pour la mission onusienne. Il ne s’agit pas d’un retour à la normale banal, mais d’un test de faisabilité et de sécurité crucial. Les préparatifs minutieux, impliquant les autorités de Kinshasa et des contacts locaux, visaient précisément à éviter tout incident tragique et à garantir la sécurité des mouvements. La représentante spéciale par intérim du secrétaire général des Nations Unies se trouvait à bord, incarnant physiquement cette reprise de liaison. Sa présence, du dernier vol avant l’interruption au premier après celle-ci, dessine un symbole fort de continuité et de persévérance.
Pas de contrepartie, mais un cadre de sécurité renforcé
Dans l’est de la République démocratique du Congo, chaque mouvement est scruté, chaque geste analysé. L’autorisation de cet atterrissage a naturellement suscité des interrogations. Y a-t-il eu un arrangement, une contrepartie négociée avec les groupes armés actifs dans la région, notamment le M23 ? La porte-parole de la MONUSCO a catégoriquement balayé cette hypothèse. « Il ne saurait y avoir de contrepartie quand la MONUSCO est impliquée », a-t-elle affirmé. La mission agit strictement dans le cadre de son mandat, sur la base d’arrangements pratiques visant uniquement à garantir la sécurité de ses opérations et du personnel. Cet atterrissage s’inscrit ainsi dans une logique de coordination sécuritaire pragmatique, essentielle pour éviter toute escalade.
Un premier pas vers le mécanisme de suivi du cessez-le-feu
La portée de cet événement dépasse le simple cadre logistique. Il est directement lié aux préparatifs du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu, tel que prévu par la résolution 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce mécanisme est la pierre angulaire des efforts actuels pour stabiliser le Nord-Kivu. Son objectif est clair : réduire les incertitudes, établir des procédures communes et produire des constats crédibles sur le respect des engagements. En permettant un mouvement aérien sécurisé, cet atterrissage ouvre la voie technique à ce dispositif essentiel. Il s’agit d’un prérequis opérationnel pour que les observateurs puissent se déployer et exercer leur mandat de surveillance.
La confiance, carburant fragile de la paix au Congo
Le succès de tout processus de paix, et particulièrement du cessez-le-feu au Nord-Kivu, repose sur un élément intangible mais vital : la confiance. Dans une région minée par des décennies de conflit et de méfiance, la reconstruire représente le défi ultime. Le Secrétaire général des Nations Unies lui-même a récemment souligné cette nécessité absolue. Le mécanisme de suivi est précisément conçu pour y contribuer, en offrant une plateforme neutre et des faits vérifiés. Comme l’a rappelé la porte-parole de la MONUSCO, la progression doit être graduelle. « Dans des circonstances comme celles qu’on vit, chaque pas est un pas en avant… Pas à pas, on va y arriver. » Cette philosophie du pas-à-pas semble désormais guider l’approche sur le terrain.
Un déploiement repensé face à un territoire immense
La complexité de la mission en RDC tient aussi à l’immensité du théâtre d’opérations et à la multiplicité des fronts, du Grand Nord au Sud-Kivu. La MONUSCO affine constamment sa stratégie de déploiement pour plus d’efficacité. La priorité est donnée aux « hotspots », ces points chauds où les incidents pullulent. Au Nord-Kivu et en Ituri, le mandat de protection des civils reste pleinement en vigueur. Ailleurs, comme à Bukavu ou sur les hauts plateaux, l’accent est mis sur un suivi limité du cessez-le-feu. Cette différenciation est cruciale pour adapter la réponse aux réalités locales et optimiser des ressources toujours limitées.
Un espoir de paix qui doit encore faire ses preuves
L’atterrissage de l’hélicoptère MONUSCO à Goma est donc un geste mesuré, mais lourd de sens. C’est un signal d’espoir pour une population congolaise épuisée par l’insécurité. C’est une avancée opérationnelle concrète pour la mise en place d’un processus de paix encore fragile. C’est enfin un test pour la sécurité RDC, démontrant qu’une coordination est possible. Cependant, le chemin vers une normalisation complète et une paix durable reste long et semé d’embûches. Cet événement symbolique ouvre une porte, mais c’est la volonté politique persistante de toutes les parties, soutenue par une vigilance internationale constante, qui permettra de la franchir définitivement. L’espoir est désormais permis, mais la prudence reste de mise dans l’est de la République démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
