28.2 C
Kinshasa
mardi, février 17, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéSociétéFaim et abandon à la prison de Bandundu : les détenus du...

Faim et abandon à la prison de Bandundu : les détenus du Kwilu en grève forcée

À la prison centrale de Bandundu, la faim est devenue le principal geôlier. Imaginez devoir compter sur la charité aléatoire d’un passant pour calmer les crampes d’un estomac vide, jour après jour. C’est le quotidien des 371 personnes détenues dans l’établissement du cinquantenaire, plongées dans un silence assourdissant et une grève de la faim forcée depuis que les subventions de l’État se sont évaporées, il y a de cela huit mois.

Les conditions carcérales en RDC atteignent ici un paroxysme de détresse. « Manger devient un problème. Il faut aller s’endetter, trouver des sacs de manioc, trouver du bois de chauffe à crédit pour venir nourrir ces prisonniers », dénonce d’une voix grave Placide Mukwa, vice-président du cadre de concertation de la société civile du Kwilu. Son témoignage, recueilli par notre rédaction, peint le tableau d’une administration en déshérence. Aucune ration alimentaire n’a été livrée par les autorités depuis trois trimestres, laissant les détenus, dont cinq femmes et dix mineurs, dans une vulnérabilité extrême. Comment en est-on arrivé là ?

Le système de subventions pour les prisons de Bandundu et du Kwilu semble avoir purement et simplement dysfonctionné. Cet argent vital, destiné à l’alimentation de base, n’arrive plus. Les détenus, déjà privés de liberté, sont ainsi doublement punis, condamnés à une lente déchéance physique. La faim, ce mal silencieux, ronge les corps et les esprits, transformant la peine de prison en une potentielle peine de mort. Où sont passés les fonds alloués ? Qui est responsable de cette rupture dans la chaîne de subsistance ?

La situation ne se limite malheureusement pas aux murs de la prison centrale. Placide Mukwa tire la sonnette d’alarme sur une réalité encore plus sombre à l’intérieur de la province. « On ne parle pas de cette situation à l’intérieur de la province, c’est encore catastrophique », insiste-t-il. Les maisons carcérales des territoires reculés du Kwilu seraient confrontées aux mêmes problèmes, voire pires, isolées et oubliées de tous. Cette crise des subventions des prisons à Bandundu est donc probablement la partie émergée d’un iceberg de négligence systémique à l’échelle régionale.

Face à cette urgence humanitaire, la société civile s’indigne et exige des actions concrètes. « Nous rappelons aux autorités que les prisonniers aussi ont des droits », martèle le vice-président. Le droit à l’alimentation, le droit à la santé – inaccessible ici faute de soins – sont pourtant des principes fondamentaux, même derrière les barreaux. La grève de la faim des détenus, bien que subie, est un cri d’alarme qui doit être entendu. Jusqu’où devra-t-on descendre dans l’indignité pour que les consciences bougent ?

Au-delà de l’immédiat, cette crise interroge profondément notre conception de la justice et de la dignité humaine. Une prison qui affame est-elle encore une institution de réinsertion ou simplement un mouroir ? La question mérite d’être posée alors que les conditions carcérales en RDC restent un sujet épineux, souvent relégué au second plan. L’État a-t-il les moyens de ses obligations ? Si non, quelle alternative humaine imaginer ?

L’heure est à l’action urgente pour sauver des vies. Il ne s’agit pas seulement de livrer des sacs de manioc, mais de rétablir un système fiable et pérenne qui garantisse le minimum vital à toute personne placée sous la responsabilité de l’État. La détresse des détenus de Bandundu et du Kwilu est un miroir tendu à toute la nation : jusqu’à quel point acceptons-nous que la précarité et la faim deviennent le lot commun, même dans les lieux censés être contrôlés par la loi ? Le temps des alertes est révolu, celui de la responsabilité et des actes doit maintenant commencer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 16 Février 2026

Ce 16 février 2026, le Brief du Jour revient sur la persistance de la crise sécuritaire à l’Est (un an après la chute de Bukavu), le soutien renforcé de l’Union Africaine à la RDC, la publication d’un rapport alarmant sur la pauvreté extrême touchant 68% de la population, l’appel de la ministre Wagner à confier la sécurité au cœur du développement africain, l’alerte sur plus de 2 000 enfants-soldats au Nord-Kivu, de nouveaux rebondissements dans le litige RDC–PayServices, et enfin, l’épidémie de choléra qui frappe durement le Sud-Kivu.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques