Une opération policière d’envergure a secoué le territoire de Katanda, dans la province du Kasaï-Oriental. Dix individus, présentés comme des bandits notoires, ont été interpellés par les éléments de la Police nationale congolaise (PNC). Parmi eux, une figure d’autorité traditionnelle : un chef coutumier du groupement Bena Nshimba. Cette arrestation de bandits à Katanda marque un tournant dans la lutte contre l’insécurité endémique qui mine cette partie de la RDC.
L’action, menée récemment, a permis la saisie d’un arsenal non négligeable. Plusieurs armes à feu ont été récupérées sur les suspects, témoignant, selon les forces de l’ordre, de la dangerosité des groupes démantelés. Les dix hommes ont été formellement présentés ce lundi 16 février au gouverneur de province, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, lors d’une séance tenue au Gouvernorat. Cette exhibition publique vise à démontrer la détermination de l’État à reprendre le contrôle.
Le commissaire provincial de la PNC a précisé que cette opération police congolaise s’inscrit dans le cadre strict des stratégies sécuritaires arrêtées par le Conseil provincial de sécurité. Elle répond à la persistance des violences armées et des activités criminelles qui terrorisent les populations locales. La présence d’armes de guerre parmi les saisies confirme les craintes des autorités quant à l’ escalation potentielle des conflits.
Pour comprendre la portée de cette intervention, il faut plonger dans l’histoire tourmentée de la région. Le territoire de Katanda est, en effet, le théâtre de conflits communautaires Bena récurrents depuis plusieurs décennies. Les antagonismes entre les communautés Bena Kahuya, Bena Muembia et Bena Nshimba ont régulièrement dégénéré en affrontements sanglants. Ces cycles de violence perturbent profondément la cohésion sociale, entravent le développement économique et rendent la vie quotidienne des habitants extrêmement précaire. L’insécurité au Kasaï-Oriental trouve ici l’une de ses expressions les plus tenaces.
Face à cette situation, la parole des plus hautes autorités provinciales se veut ferme. Prenant la parole après la présentation des suspects, le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo a salué le travail accompli par les forces de l’ordre. Il a surtout insisté sur l’impératif d’une application sans faille de la loi. « Je crois que le travail a été fait. À cette étape, tout ce que nous pouvons faire est que tous ces récalcitrants subissent la rigueur de la loi », a-t-il déclaré. Et d’ajouter, martelant un message clair : « Nous avons besoin de la paix dans le territoire de Katanda. Cela fait plus de 30 ans que nous assistons à ce théâtre que nous ne voulons plus. Notre souci est de mettre fin à ces actes et que ceux qui défient l’État subissent la rigueur de la loi. »
Ces propos traduisent une volonté affichée de briser un cercle vicieux de violence. Mais une seule opération suffit-elle à apaiser des tensions aussi anciennes et complexes ? La question se pose alors que les communautés concernées vivent dans une méfiance mutuelle entretenue par des années de rivalités. L’arrestation d’un chef coutumier, en particulier, souligne l’imbrication parfois troublante entre autorité traditionnelle et activités criminelles. Cela interroge sur les racines profondes de l’instabilité et sur les mécanismes de résolution des conflits qui ont, jusqu’ici, échoué.
Les autorités provinciales assurent, pour leur part, que cette action n’est qu’un début. Les opérations de sécurisation du territoire Katanda vont se poursuivre, affirment-elles. L’objectif est double : prévenir de nouveaux affrontements intercommunautaires et restaurer, de manière durable, l’autorité de l’État dans cette entité territoriale oubliée. La PNC promet de maintenir une pression constante pour démanteler les réseaux criminels et saisir les armes illégales qui circulent. La paix, si elle advient, passera nécessairement par un désarmement effectif et une justice impartiale.
La communauté locale observe ces développements avec un mélange d’espoir et de scepticisme. Si les arrestations sont saluées par beaucoup, certains s’interrogent sur la capacité de l’État à mener à bien une pacification durable. La restauration de la confiance entre les populations et les institutions, ainsi qu’entre les communautés elles-mêmes, constitue un défi colossal. Au-delà des opérations de police, des initiatives de dialogue et de réconciliation sont-elles prévues ? L’avenir de Katanda en dépend.
En définitive, l’opération police congolaise menée à Katanda envoie un signal fort. Elle démontre que les autorités provinciales ont fait de la lutte contre l’insécurité une priorité tangible. Toutefois, le chemin vers une paix stable reste long et semé d’embûches. La résolution des conflits communautaires Bena nécessitera une approche multidimensionnelle, alliant fermeté sécuritaire, justice et efforts de cohésion sociale. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer si cette action marque un vrai tournant ou simplement un répit temporaire dans un conflit qui dure depuis une génération.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
