La nuit du dimanche au lundi 16 février a été le théâtre d’une nouvelle et brutale escalade de violences dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Les agglomérations de Kibirizi et Bambo, dans la chefferie de Bwito, ont été le cadre d’affrontements armés nourris et d’incursions meurtrières, plongeant une fois de plus la population civile dans la terreur et le deuil. Le bilan, encore provisoire, fait état d’au moins un mort, de trois blessés et d’importants dégâts matériels, dont un camion entièrement réduit en cendres.
Selon plusieurs sources locales jointes par nos soins, cette nouvelle flambée de violences serait directement liée à une incursion d’hommes armés et à des accrochages violents ayant opposé les combattants de l’AFC/M23 à des groupes d’autodéfense locale, les Wazalendo, ainsi qu’à des éléments présumés des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Cette confrontation directe entre plusieurs factions armées illustre la complexité explosive de la situation sécuritaire dans la région de Bwito. Comment une telle escalade a-t-elle pu se produire en quelques heures seulement ?
Les premiers coups de feu ont retenti aux alentours d’une heure du matin dans l’agglomération de Bambo, réveillant les habitants en sursaut. Des tirs nourris ont été entendus pendant de longues minutes, créant un climat de panique. Un obus a même frappé une habitation, causant des dégâts matériels considérables. Par miracle, aucun occupant n’a été tué ou blessé lors de cet impact direct. Dans la même zone, un camion appartenant à des commerçants locaux a été entièrement incendié. Des témoins sur place affirment que le véhicule transportait des biens supposés être destinés aux rebelles de l’AFC/M23. Cet incident met en lumière les tensions économiques et les trafics qui alimentent les conflits dans cette zone du Nord-Kivu.
Les affrontements à Bambo semblent avoir opposé l’AFC/M23 à une coalition hétéroclite de combattants Wazalendo, de membres du Collectif des Mouvements pour le Changement (CMC/Nyatura) et de rebelles rwandais FDLR qui étaient apparemment embusqués dans la zone. Cette convergence d’acteurs armés crée un mélange hautement inflammable, où chaque mouvement tente d’affirmer son contrôle ou de perturber celui des autres, au prix de la sécurité des civils.
À quelques kilomètres de là, vers l’ouest, le village de Kabanda, situé près de Kibirizi, a lui aussi subi une attaque. Entre trois et quatre heures du matin, une incursion d’hommes armés non identifiés a semé la désolation. Les assaillants ont procédé au pillage systématique des biens de la population. Cette razzia s’est terminée dans le sang : un jeune garçon, connu sous le nom de Jade, a été tué, et trois autres civils ont été blessés par balles. Les victimes ont dû être évacuées en urgence vers le centre de santé de référence de Kibirizi pour y recevoir des soins. La brutalité de cette attaque contre des civils désarmés pose une question cruciale : jusqu’où l’impunité régnera-t-elle dans la région de Rutshuru ?
Ces événements tragiques ne sont malheureusement pas isolés. Ils s’inscrivent dans une recrudescence inquiétante des violences dans la chefferie de Bwito, où la situation sécuritaire se dégrade continuellement depuis plusieurs semaines. Selon des analystes locaux, cette instabilité persistante est directement liée à une opération de traque menée par l’AFC/M23 contre les rebelles hutu rwandais FDLR et leurs alliés locaux, notamment les combattants du CMC/Nyatura. L’AFC/M23 semble déterminée à déloger ses adversaires, provoquant ainsi des déplacements de troupes et des replis tactiques qui dégénèrent systématiquement en affrontements ouverts.
Cette spirale de violences a des conséquences humanitaires désastreuses. Les populations civiles, prises en étau entre ces multiples groupes armés, vivent dans une peur constante. Les déplacements deviennent périlleux, l’accès aux champs est limité, et l’aide humanitaire peine à atteindre les plus vulnérables. Le territoire de Rutshuru, déjà fragilisé par des années de conflits, voit sa situation devenir chaque jour plus critique. L’insécurité à Bwito menace désormais de créer une nouvelle crise humanitaire majeure dans le Nord-Kivu.
Les autorités provinciales et nationales sont-elles en mesure de reprendre le contrôle de cette zone ? La communauté internationale, souvent silencieuse face à ces cycles de violence, va-t-elle enfin intervenir pour protéger les civils et contraindre les groupes armés à déposer les armes ? Pour l’heure, les habitants de Kibirizi, Bambo et Kabanda, comme ceux de nombreux autres villages de la chefferie, restent seuls face à l’arbitraire des armes, dans l’attente d’une paix qui semble toujours plus lointaine.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
