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Munich 2026 : la RDC pose la sécurité comme préalable absolu au développement africain

La présence de Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, à la table des grands de la Conférence de Munich sur la sécurité 2026, n’est pas un simple fait protocolaire. Son intervention lors d’un panel de haut niveau dédié aux « Enjeux sécuritaires en Afrique » ce 15 février 2026, résonne comme un plaidoyer stratégique, voire une correction, adressé à la communauté internationale. Aux côtés du ministre sud-africain de l’Intérieur, Leon Schreiber, et de l’expert Jakkie Cilliers, la cheffe de la diplomatie congolaise a déployé une argumentation implacable : la sécurité n’est pas un chapitre accessoire du développement, elle en est la condition sine qua non, le socle sans lequel toute ambition économique ou sociale s’effondre. Cette prise de position, à la fois ferme et structurée, intervient dans un contexte où les discours sur l’Afrique privilégient souvent l’aide au développement en masquant les vulnérabilités politiques et militaires qui le minent. La ministre d’État joue-t-elle ici un rôle de pionnière ou ne fait-elle que rappeler une vérité que d’aucuns préfèrent ignorer ?

En affirmant avec force que la sécurité « conditionne la consolidation de l’État et le rétablissement effectif de son autorité sur l’ensemble du territoire », Thérèse Kayikwamba Wagner touche au cœur des défis de la région des Grands Lacs. Son discours transcende la simple analyse pour devenir un cadre d’action. En effet, derrière ces termes mesurés se cache une critique acerbe des approches fragmentées et parfois naïves de la coopération internationale. La ministre congolaise appelle à une « coopération multilatérale plus cohérente et coordonnée », une formulation diplomatique qui souligne les lacunes des mécanismes existants. N’est-ce pas une manière élégante de dénoncer les efforts dispersés, souvent dictés par des agendas nationaux divergents, qui affaiblissent l’efficacité des interventions dans l’est de la RDC ? L’insistance sur la « mutualisation des efforts » des partenaires internationaux sonne comme un avertissement : sans unité de vue et d’action, les investissements en sécurité resteront vains, et les cycles de violence persisteront.

L’évocation explicite des défis persistants dans la région des Grands Lacs par la ministre n’est pas anodine. Elle ancre son plaidoyer théorique dans la réalité brutale d’une zone en proie à l’instabilité chronique. En plaçant la « stabilisation des zones affectées » comme un « préalable » au développement et à l’intégration régionale, Thérèse Kayikwamba Wagner opère un renversement de perspective salutaire. Trop souvent, les programmes de développement sont lancés dans des environnements où l’État de droit est fictif, conduisant à des échecs cuisants et à un gaspillage des ressources. La diplomatie congolaise, par la voix de sa ministre, défend désormais une approche séquentielle et réaliste : d’abord la paix et la sécurité, ensuite le développement. Cette position, si elle semble de bon sens, constitue un changement de paradigme dans les relations internationales concernant l’Afrique, et particulièrement la sécurité Afrique RDC. Elle remet en cause des décennies de pratiques où l’économique tentait de compenser l’absence de politique.

Quelles sont les implications concrètes de ce discours pour la politique étrangère de la RDC ? En prenant la parole sur une scère aussi prestigieuse que la Conférence de Munich sécurité 2026, Thérèse Kayikwamba Wagner ne cherche pas seulement à sensibiliser. Elle positionne la RDC comme un acteur incontournable du débat sur la sécurité continentale, capable de porter une vision et d’exiger des engagements. Cette démarche participe d’une stratégie plus large de réaffirmation de la souveraineté et du leadership congolais dans les affaires régionales. En appelant à une « architecture durable de paix et de sécurité », la ministre esquisse les contours d’un futur où les solutions seraient endogènes et collectives, plutôt qu’imposées de l’extérieur. Cependant, ce volontarisme affiché ne masque-t-il pas les limites d’une diplomatie confrontée à des défis internes colossaux ? Le pari est audacieux : utiliser la tribune internationale pour galvaniser le soutien autour d’une approche structurante, tout en travaillant à consolider l’autorité de l’État à l’intérieur des frontières.

La conclusion de cette intervention marque un tournant potentiel. En liant indissociablement sécurité, consolidation de l’État et développement, Thérèse Kayikwamba Wagner pose les bases d’un nouveau narratif pour la région des Grands Lacs. Les prochains enjeux seront de traduire ce plaidoyer en actions tangibles. La communauté internationale, souvent prompte à financer des projets mais réticente à s’engager dans les dynamiques sécuritaires complexes, saura-t-elle entendre l’appel à une coordination renforcée ? La balle est désormais dans le camp des partenaires de la RDC. L’efficacité future de la diplomatie congolaise se mesurera à sa capacité à transformer les paroles de Munich en mécanismes concrets de stabilisation. Le chemin vers une sécurité durable dans les Grands Lacs reste semé d’embûches, mais le cap, désormais, est clairement affiché. La ministre a joué une carte essentielle à Munich ; il reste à voir si ses partenaires seront prêts à suivre la même stratégie.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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