Le lac Albert, habituellement source de vie, est devenu un piège mortel vendredi dernier. Un vent violent et soudain s’est levé, renversant l’embarcation d’un jeune étudiant de l’Institut technique médical d’Angumu. Sa noyade tragique est le visage le plus sombre des pluies torrentielles qui ont déferlé sur la province de l’Ituri, transformant le quotidien de milliers de familles en une lutte pour la survie. Comment une saison des pluies peut-elle plonger des communautés entières dans un tel chaos ?
La semaine dernière, le ciel s’est ouvert sur plusieurs localités, provoquant des dégâts matériels d’une ampleur rarement vue. À Muguma, Aungba, Komanda et dans la chefferie de Mokambo, le bilan est accablant. Les toitures d’écoles ont été arrachées comme des feuilles mortes, laissant des salles de classe à ciel ouvert. À Aungba, des centaines d’élèves, revenus pleins d’espoir après un congé, se sont retrouvés face à des ruines. Leurs bancs sont maintenant mouillés, leurs cahiers potentiellement perdus, leur droit à l’éducation violemment suspendu par les caprices du climat.
La chefferie de Mokambo paie le plus lourd tribut. Ici, les intempéries n’ont épargné aucun pilier de la communauté. L’école primaire Lungu est si endommagée qu’il a fallu déplacer ses élèves dans la cour d’une autre école, une solution précaire face à la menace de nouvelles averses. Le centre de santé de Ndaru-Muswa, lui aussi privé de son toit, ne peut plus assurer des soins dans des conditions dignes et sécurisées. Que deviennent une mère et son enfant malade sous une pluie battante, dans un dispensaire ouvert à tous les vents ? Ces dégâts matériels ne sont pas que des chiffres ; ce sont des vies brisées, un accès aux soins compromis, une génération dont l’avenir se fissure.
La situation est tout aussi critique à Komanda, à environ 80 km au sud de Bunia. Les vents violents se sont acharnés sur le site de déplacés de Kibonge, pulvérisant les abris de fortune qui abritaient des familles déjà vulnérables. Des femmes et des enfants, qui avaient fui les violences pour chercher refuge, se retrouvent une nouvelle fois exposés, sans protection contre la pluie, le froid et les maladies. Cette double peine – conflit puis catastrophe naturelle – résume la spirale infernale dans laquelle sont prises de nombreuses populations de l’Est de la RDC.
Face à cette urgence multiforme, la protection civile de l’Ituri tire la sonnette d’alarme avec une force qui ne laisse place à aucun doute. Son appel est un cri du cœur : une aide humanitaire urgente est nécessaire pour éviter une catastrophe plus grande encore. Les besoins sont criants et immédiats. Il faut abriter les sans-abri, fournir des kits de première nécessité, réhabiliter d’urgence les écoles et les structures de santé pour que les enfants puissent réapprendre et que les malades puissent être soignés. Renforcer la prise en charge des déplacés dont la vulnérabilité a été décuplée par ces intempéries n’est pas une option, mais une obligation morale.
La province est en pleine saison des pluies. Chaque nouvelle averse, chaque nouvelle rafale de vent menace d’aggraver la situation des sinistrés et de causer de nouveaux dégâts. L’inaction ou la lenteur dans la réponse pourraient avoir des conséquences désastreuses en termes de santé publique et de cohésion sociale. Cette catastrophe met en lumière la vulnérabilité chronique des infrastructures et l’impérieuse nécessité de politiques de prévention et d’adaptation au changement climatique dans des régions comme l’Ituri. Derrière les statistiques des dégâts, ce sont des droits fondamentaux – à l’éducation, à la santé, à un logement décent – qui sont balayés. La réponse à cette crise sera-t-elle à la hauteur de la détresse et de la résilience de ces populations congolaises ? L’urgence est maintenant.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
