La pluie fine tombait sur la rivière Kalelu, transformant ce lundi 16 février en journée de deuil pour le territoire de Ngandanjika. À bord du bac de fortune, un sentiment de soulagement avait gagné les passagers voyant l’autre rive approcher. Sur l’ordre du chauffeur, pressé d’en finir, tous étaient remontés dans le véhicule. Puis, soudain, ce déséquilibre fatal. « Nous avons senti le bac bouger, le véhicule a commencé à pencher. Le chauffeur a tenté de démarrer, mais il était déjà trop tard : tout basculait dans l’eau », raconte, la voix brisée, l’un des miraculés de ce traversée bac accident qui a viré au cauchemar. Son frère et lui ne doivent leur survie qu’à une ouverture dans le toit et à un bambou tendu depuis la berge, geste fragile face à la furie de la noyade rivière Kalelu.
Ce récit poignant soulève une question douloureuse : combien étaient-ils vraiment dans ce véhicule ? Les autorités locales, représentées par l’administrateur du territoire Patrick Nsubula Kazadi, confirment un bilan officiel d’au moins huit morts. Six corps ont été repêchés de l’épave. Mais le drame est loin d’être clos. « Les plongeurs nous ont rassurés que seuls six corps ont été sortis du véhicule », explique-t-il, avant de relater l’amer revers : « Un autre homme, que nous avions déjà attaché avec une corde, a été emporté après que celle-ci s’est coupée. Une autre fille avait déjà été emportée par les eaux. » Au moins deux victimes de ce accident bac Ngandanjika restent ainsi prisonnières des courants de la Kalelu, leurs familles plongées dans une attente insoutenable.
Les recherches se poursuivent, désormais confiées aux piroguiers locaux, les plongeurs professionnels ayant quitté les lieux. Cette perspective offre bien peu de réconfort aux proches. Comment, en effet, accepter l’inacceptable ? Le témoignage du rescapé jette une lumière crue sur les circonstances du drame et évoque une réalité plus lourde encore. Selon lui, près de quinze personnes se trouvaient à bord du véhicule au moment où il a sombré. Cette divergence entre le bilan officiel et le compte des survivants ajoute une couche d’opacité à une tragédie déjà complexe. Elle interroge sur les conditions réelles de cette traversée bac accident et sur la gestion du dossier après la catastrophe.
Mais au-delà du choc et de la douleur, une colère sourde monte à Ngandanjika. Comment ce drame Kalelu Ngandanjika a-t-il pu se produire alors qu’une interdiction formelle de traversée était en vigueur ? Deux jours avant la tragédie, un communiqué officiel avait suspendu tout passage sur le bac, invoquant des travaux de réparation. Une mesure de sécurité claire, qui semble avoir été allègrement ignorée. « Celui qui a autorisé la traversée ce jour-là porte une lourde responsabilité », lâche un habitant sous le couvert de l’anonymat, résumant un sentiment largement partagé. Les regards accusateurs se tournent également vers les agents affectés à la gestion du bac et vers le chauffeur du véhicule, suspectés d’avoir pris des risques inconsidérés en surchargeant l’embarcation ou en négligeant les procédures.
Le scénario décrit par le rescapé – un chauffeur pressé, des passagers invités à remonter dans le véhicule sur le bac, un équilibre précaire – dessine une cascade de négligences. L’agent du bac aurait crié un avertissement, mais trop tard, alors que le véhicule sombre bac était déjà engagé dans sa chute. Cette séquence pose de graves questions sur la culture de la sécurité et le respect des règles les plus élémentaires dans les transports publics, particulièrement sur ces axes fluviaux qui sont souvent les seuls liens entre les communautés. Combien de drames similaires faudra-t-il déplorer pour que les autorités prennent des mesures drastiques ?
À Ngandanjika, l’exigence d’une enquête sérieuse, transparente et indépendante est sur toutes les lèvres. Il ne s’agit pas seulement de déterminer les causes immédiates de l’accident, mais bien d’établir les responsabilités, de la base au sommet. Qui a donné l’autorisation de faire fonctionner un bac théoriquement en réparation ? Les agents présents ce jour-là ont-ils été formés et disposaient-ils de l’autorité nécessaire pour faire respecter les règles ? La pression économique et la nécessité de se déplacer justifient-elles de mettre en péril des vies humaines ?
Ce tragique accident bac Ngandanjika est un coup de semonce de plus. Il révèle, une fois encore, la vulnérabilité des populations face à des infrastructures souvent vétustes et une gestion parfois laxiste. Derrière les chiffres du bilan, il y a des pères, des mères, des enfants dont les rêves se sont éteints dans les eaux boueuses de la Kalelu. Leur mort ne doit pas être vaine. Elle doit servir de catalyseur pour une remise à plat complète de la sécurité des traversées fluviales en RDC. La vie des Congolais, qui empruntent quotidiennement ces bacs par nécessité, vaut bien plus qu’un gain de temps ou qu’une formalité ignorée. Le respect strict des consignes et des investissements dans des infrastructures dignes ne sont pas des options, mais des impératifs pour éviter que la Kalelu, et tant d’autres rivières, ne deviennent les tombeaux de l’insouciance.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
