Une atmosphère de méfiance et de remise en question plane sur les allées de l’Université de Kalemie (UNIKAL). Alors que des tracts anonymes circulent sur le campus, accusant la direction d’une série de dysfonctionnements, le recteur, Victor Kalunga Tshikala, monte au créneau pour défendre son bilan et révéler une situation personnelle dramatique. Comment une institution académique censée être un lieu de savoir et de stabilité peut-elle se retrouver au cœur d’une telle polémique ? Cette crise interroge sur les défis de la gouvernance universitaire en République démocratique du Congo.
Vendredi dernier, le professeur Victor Kalunga Tshikala a fermement rejeté les accusations de mauvaise gestion portées contre son comité de direction. Les griefs, diffusés par des tracts, sont sévères : gestion qualifiée de « caractérisée », absence prolongée du recteur, problèmes de paiement des enseignants et incohérence dans les frais académiques. Face à ce qui ressemble à une fronde étudiante ou interne, la réponse du recteur de l’Université de Kalemie est sans équivoque. Il dénonce une campagne de manipulation et apporte une explication pour le moins troublante à ses absences répétées.
« La réalité est que j’ai été empoisonné à Kalemie et je suis en train de poursuivre les soins », a-t-il déclaré, jetant une lumière crue sur les risques que peuvent parfois courir les responsables d’institutions publiques. Cette révélation d’un acte criminel potentiel contre sa personne transforme le débat. S’agit-il d’une simple affaire de mauvaise gestion à l’UNIKAL, ou le recteur est-il lui-même victime d’une machination visant à le discréditer ou à l’écarter ? La question reste en suspens, alimentant le malaise au sein de la communauté universitaire de Kalemie.
En parallèle de sa défense personnelle, Victor Kalunga Tshikala a tenu à mettre en avant les réalisations de son administration. Il a notamment pointé du doigt la construction d’un bâtiment de 60 mètres, un projet d’envergure qu’il présente comme une preuve de gestion proactive malgré des moyens limités. « À part les bâtiments construits par le chef de l’État, nous faisons partie des rares universités qui réalisent de si grands travaux avec de maigres moyens », a-t-il souligné. Cet argument vise clairement à contrer l’accusation centrale de mauvaise gestion et à redorer le blason d’une institution encore jeune.
Créée en 2004 comme une extension de l’Université de Lubumbashi avant d’obtenir son autonomie en 2010, l’Université de Kalemie compte aujourd’hui plus de 1 500 étudiants répartis dans huit facultés. Son développement rapide s’est peut-être fait au prix de tensions internes et de défis logistiques. Les accusations de non-paiement des enseignants, si elles sont avérées, touchent au cœur du contrat social qui lie une université à son corps professoral. Peut-on exiger l’excellence académique dans un contexte de précarité pour les enseignants ?
Cette affaire dépasse le simple cadre d’une querelle administrative. Elle met en lumière les difficultés structurelles auxquelles sont confrontées de nombreuses universités publiques en RDC : financement aléatoire, pression démographique étudiante, et parfois, une gouvernance opacifiée par des conflits d’intérêts ou des luttes de pouvoir. La polémique à l’UNIKAL sert de miroir à ces problématiques nationales. Les étudiants de Kalemie, par leurs tracts, expriment-ils une frustration légitime face à un service qu’ils estiment défaillant, ou sont-ils instrumentalisés dans un conflit plus large ?
L’avenir immédiat de l’Université de Kalemie semble suspendu à la clarification de ces accusations et à la guérison de son recteur. La crédibilité de l’institution est en jeu. Pour retrouver la sérénité, une enquête transparente sur les allégations de mauvaise gestion, mais aussi sur les circonstances de l’empoisonnement allégué du recteur Victor Kalunga Tshikala, pourrait s’avérer nécessaire. La communauté universitaire mérite des réponses claires. Le dialogue et la transparence seront les seuls antidotes à ce malaise persistant qui menace la mission fondamentale de l’UNIKAL : éduquer et former les élites de demain dans un climat de paix et de confiance.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
