La nuit du samedi 14 février 2026 au terrain GD de Lemba, dans la périphérie de Kinshasa, devait être une célébration. Sous un ciel étoilé, des centaines de voix s’étaient unies pour scander le nom de Gaz Mawete, l’un des fleurons de la musique congolaise contemporaine. L’ambiance, électrisée par l’attente, vibrait au rythme des percussions lancinantes et des mélodies qui avaient fait la renommée de l’artiste. Ce devait être un moment de communion, où la musique agit comme un ciment social, un baume sur les aspérités du quotidien. Pourtant, en un instant, la symphonie s’est brisée, laissant place à un silence lourd de sens et à un acte artistique qui transcende la simple performance.
Alors que Gaz Mawete, la voix de velours, était au sommet de son art, enchaînant les titres qui ont bercé une génération, un incident brutal est venu tout interrompre. Le chanteur, plongé dans l’émotion de son propre univers musical, a soudainement cessé de chanter. Son regard, habituellement doux et captivant, s’est durci, fixant un point à l’avant de la scène. Sans un mot d’explication au public médusé, il a déposé son micro et a tourné les talons, quittant la scène du concert à Lemba de manière aussi soudaine que théâtrale. La stupéfaction était palpable. Que s’était-il passé pour qu’une telle étoile de la scène quitte la scène en plein élan ?
Les premières hypothèses, portées par la rumeur dans la foule puis sur les réseaux sociaux, ont fusé : problème technique, malaise, caprice d’artiste ? Mais la vérité, révélée quelques heures plus tard par Gaz Mawete lui-même sur Instagram, était d’une tout autre nature, bien plus grave. L’artiste a levé le voile sur cet incident sécurité qui a motivé son départ précipité. « J’ai quitté la scène parce que la sécurité à l’avant était brutale avec une fan (une femme). Je n’ai pas aimé qu’on touche à une personne », a-t-il écrit, d’une plume ferme et sans équivoque. Ainsi, face à la violence, l’artiste a choisi la désobéissance civile du silence, préférant briser le spectacle plutôt que de cautionner, ne serait-ce que par son indifférence, un acte inacceptable.
Cet concert interrompu à Lemba n’est donc pas un simple accident de parcours, mais un geste politique et humain d’une profonde résonance. Gaz Mawete, par son refus de continuer à divertir tandis qu’une spectatrice était brutalisée, a redéfini les limites de la responsabilité de l’artiste face à son public. Son art, fait de mélodies enivrantes et de paroles poétiques, s’est soudain incarné dans un acte concret de protection et de respect. La dignité d’une fan, selon ses propres termes, valait plus que la continuation du show. Quel artiste, aujourd’hui, ose poser un tel acte, au risque de mécontenter promoteurs et public ? Cet événement soulève des questions fondamentales sur la sécurité lors des grands rassemblements culturels à Kinshasa et ailleurs.
Les images de cette interruption, diffusées à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux, ont provoqué un débat passionné. Certains ont salué le courage et l’intégrité de Gaz Mawete, voyant en lui un artiste conscient de son rôle social. D’autres ont déploré la précipitation du geste, suggérant qu’une autre solution aurait pu être trouvée. Mais au-delà de la polémique, l’acte reste. Il interpelle l’ensemble de la chaîne de l’événementiel en République Démocratique du Congo. Comment assurer une sécurité efficace sans tomber dans la brutalité ? Comment protéger l’intégrité physique des spectateurs, ces passionnés sans qui la musique ne serait qu’un écho dans le vide ?
Ce concert de Gaz Mawete, bien qu’inachevé, restera dans les mémoires comme un moment charnière. Il a démontré que la musique ne vit pas seulement dans les notes et les refrains, mais aussi dans les valeurs qu’elle porte et défend. En quittant la scène, Gaz Mawete n’a pas seulement stoppé une performance ; il a entonné, par son silence éloquent, l’une des plus puissantes mélodies de sa carrière : celle du respect inconditionnel dû à chaque individu. Alors que la scène musicale kinoise continue de vibrer, cet incident rappelle avec force que le premier devoir d’un artiste, avant même de charmer les oreilles, est peut-être de protéger le cœur et le corps de ceux qui viennent l’écouter. La prochaine fois que Gaz Mawete montera sur une scène, à Lemba ou ailleurs, son public saura qu’il ne vient pas seulement applaudir un talent, mais aussi saluer une conscience.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
