Alors que toute l’Afrique retient son souffle, la RDC sombre encore dans la spirale des violences à l’Est. L’espoir d’un cessez-le-feu, amplifié par le sommet de l’Union africaine, la pression de l’ONU et la diplomatie régionale, se heurte cette semaine à des réalités sanglantes : massacres, exils forcés, et une impasse dont la société congolaise paie chaque jour le prix fort. Notre pays fait face à une épreuve décisive pour la paix. Comment transformer le verbe diplomatique en bouclier réel pour les citoyens ?
Jour après jour, les mêmes images d’horreur peuplent nos écrans : à Walikale, Goma, Ituri et au-delà, les villages brûlent, les familles fuient, l’espoir s’amenuise. Le bilan s’alourdit — des dizaines de morts en Ituri, plus de soixante victimes dans des attaques attribuées aux ADF en Nord-Kivu, sans oublier le rançonnement, les enlèvements et le désespoir des déplacés piégés par la précarité. À Kinshasa comme dans les provinces, la société civile lance une alerte : la fatigue morale devient aussi létale que la violence elle-même.
En face, le grand théâtre diplomatique n’a jamais autant résonné : le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, venu à l’Union africaine, dénonce « l’absence indéfendable de l’Afrique au Conseil de sécurité » et exige la fin du pillage des ressources, alors que l’Angola et le Togo multiplient les efforts de médiation. La Belgique, Paris, la CEEAC, Washington, tous en appellent à des mécanismes efficaces de cessez-le-feu et de vérification. Des voix, des promesses, des plans. Mais sur le terrain, le feu ne baisse pas d’intensité. La MONUSCO se montre impuissante, l’accord de Luanda peine à rassembler les antagonistes — M23, FARDC, groupes armés locaux — tandis qu’à Kinshasa, l’exaspération populaire gronde face à une diplomatie jugée hors sol.
Cette impuissance diplomatique se lit aussi dans la crise sociale qui se propage : les démolitions anarchiques de quartiers précaires, les familles à la rue à Pakadjuma ou Tshikapa, le ravin qui dévore les habitations au Kasaï, la montée de la faim et du chômage. L’Etat s’efforce de lancer des projets — pipeline pétrolier, relance agricole, routes — mais la violence ou la menace d’effondrement sécuritaire neutralisent l’impact de toute relance économique. Les chiffres de la corruption, la défiance politique, les clivages internes n’arrangent rien. L’appel à l’Europe – comme lors du procès de la juriste impliquée dans un trafic d’enfants – s’ajoute à l’appel aux voisins africains et aux médiateurs onusiens, comme si, semaine après semaine, l’Etat congolais cherchait le salut partout, sans jamais le trouver vraiment.
La période précédente avait déjà creusé cette fracture entre les espoirs soulevés par les médiations africaines, la pression de la MONUSCO et la réalité d’un terrain où la justice, la paix et le secours peinent à s’ancrer. Aujourd’hui, cet écart grandit dangereusement. Plus que jamais, il en va de notre avenir collectif.
Nul ne conteste le poids historique de l’heure. Que valent les grands discours au sommet de l’UA si, pendant ce temps, nos enfants meurent sous les bombes et nos familles errent sur les routes ? L’heure n’est plus aux slogans mais à l’action coordonnée, ferme et cohérente. Les dirigeants congolais et leurs partenaires africains et internationaux doivent rendre des comptes : les mécanismes de cessez-le-feu doivent être effectifs, la protection des civils garantie, et la justice enfin restaurée. Quant à nous, société civile, médias, citoyens, refusons la résignation. Exigeons que la parole retrouve sa force, et que la vie humaine ne soit jamais un simple enjeu de négociation diplomatique.
— La Rédaction de CongoQuotidien
