Dans un mémo adressé le 11 février au président Félix Tshisekedi, la Commission d’éducation civique et d’observation électorale (Educiel) a lancé un appel pressant pour l’organisation d’un dialogue national électoral en RDC. Cette structure de la société civile congolaise estime que la République démocratique du Congo (RDC) se trouve « dans la salle d’urgence », confrontée à une misère sociale et une insécurité rampante, et que seul un tel dialogue peut prévenir un chaos constitutionnel et politique. Un diagnostic sans concession qui place le chef de l’État face à ses responsabilités les plus fondamentales.
La réforme CENI constitue le cœur technique de cette demande. Educiel, qui se présente comme le cadre de concertation par excellence de la société civile électorale, pointe du doigt l’immobilisme actuel. L’organisation regrette amèrement que « la feuille de route publiée par la CENI pour lancer le processus électoral de 2028 est bloquée parce que le gouvernement Suminwa ne décaisse pas les moyens, malgré leur prise en compte dans les lois de finances 2024-2025 ». Cette situation crée une impasse dangereuse, mettant en péril la crédibilité même du calendrier électoral 2028. Le président Tshisekedi joue-t-il avec le feu en laissant s’installer un tel blocage financier, lui qui a fait de la légitimité électorale un pilier de son discours ?
Le dialogue proposé ne se limiterait pas à une simple consultation. Educiel envisage une rencontre à la « particularité technique, scientifique et patriotique », destinée à débattre en profondeur de l’architecture juridique et institutionnelle du processus. Outre la refonte de la Commission électorale, les discussions porteraient sur le rôle controversé des juges électoraux, sur une loi électorale perfectible et sur l’élaboration d’un calendrier électoral pragmatique. L’objectif avoué est de produire des résolutions solides pouvant ensuite « alimenter le dialogue national politique ». Une démarche qui place la logique technique en amont du marchandage politique, une inversion des priorités pour le moins audacieuse dans le paysage congolais.
Les implications politiques de cet avertissement sont lourdes de sens. En brandissant la menace d’un « chaos constitutionnel », Educiel rappelle avec force que la stabilité du pays est indexée sur la régularité et la transparence des scrutins. L’appel à un dialogue national électoral sous l’égide de Félix Tshisekedi sonne comme un ultimatum civique. Le chef de l’État peut-il se permettre d’ignorer cette sommation sans risquer de fragiliser durablement sa propre légitimité ? La balle est désormais dans son camp. Accepter ce dialogue, c’est reconnaître les dysfonctionnements actuels et s’exposer à des négociations ardues. Le refuser, c’est s’aliéner une frange importante de la société civile et assumer le risque d’une délégitimation croissante du processus à venir.
En conclusion, la manœuvre d’Educiel place le pouvoir exécutif dans une position délicate. Elle révèle les fissures d’un système électoral sous tension et l’incapacité actuelle à lancer sereinement la machine pour 2028. Les prochains enjeux seront de savoir si la présidence saisira cette perche tendue pour un débat apaisé, ou si elle préférera la fuite en avant, au risque de voir la question électorale se transformer en véritable poudrière politique. La crédibilité des engagements du président en matière de gouvernance démocratique se jouera sur ce terrain. Le temps de l’urgence, sonné par la société civile, est désormais compté.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
