Le gouvernement de la République Démocratique du Congo franchit une étape décisive dans la modernisation de son appareil d’État. Vendredi 13 février, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a officiellement lancé l’opérationnalisation de la déconcentration de l’ordonnancement des dépenses publiques. Cette mesure, attendue depuis l’adoption de la loi-cadre de 2011, constitue l’un des piliers du Plan stratégique pluriannuel de modernisation de la Gestion des Finances Publiques (GFP). Son objectif ? Transformer radicalement l’efficacité, la transparence et la crédibilité de l’exécution du budget national.
Concrètement, cette réforme budgétaire du gouvernement congolais consiste à rapprocher le pouvoir de décision des centres de dépense. Désormais, les ministères pilotes peuvent engager et ordonnancer leurs paiements directement, sous le contrôle renforcé de la Direction générale de la comptabilité publique et du Trésor (DGTCP) et du Compte unique du Trésor (CUT). Cette décentralisation administrative vise à couper court aux lenteurs bureaucratiques chroniques, sources de retards de paiement préjudiciables aux fournisseurs de l’État et à la fluidité économique. La question est de savoir si cette déconcentration sera le remède tant attendu à la lourdeur administrative.
La stratégie retenue est prudente et graduelle, visant à sécuriser chaque étape. Une première phase pilote concerne déjà les ministères de l’Éducation nationale, du Développement rural, de la Santé publique et des Travaux publics. Une seconde vague inclura les portefeuilles de la Défense nationale, de l’Agriculture, de l’Enseignement supérieur, de la Pêche et de l’Élevage, ainsi que les Finances elles-mêmes. Cette approche méthodique permet de tester et de consolider les dispositifs techniques, humains et organisationnels avant une généralisation à toute l’administration.
Les avancées sont déjà tangibles. À fin janvier, la chaîne de la dépense interfacée est active dans les quatre premiers ministères, avec des équipements installés, des comptes ouverts à la Banque centrale et des logiciels opérationnels. Parallèlement, la DGTCP, colonne vertébrale du système, est pleinement fonctionnelle. Autre signal fort : près de 55 comptables publics principaux et secondaires, formés par l’École nationale des finances, ont prêté serment devant le ministre Doudou Fwamba Likunde. Ce réseau de professionnels, déployé dans les ministères pilotes, incarne la nouvelle discipline budgétaire que Kinshasa entend instaurer.
Sur le plan technologique, l’interfaçage sécurisé des modules de dépense, de trésorerie et de comptabilité générale avec la Banque centrale est en phase finale. Cet écosystème numérique intégré doit garantir une traçabilité parfaite des fonds publics et offrir une vision en temps réel de la situation financière de l’État. Ces données fiables et consolidées sont cruciales pour un pilotage économique éclairé.
L’impact macroéconomique de cette modernisation de la gestion des finances publiques en RDC est potentiellement considérable. En réduisant les délais de paiement, elle diminue la pression sur la trésorerie des entreprises et limite le recours aux avances de la Banque centrale, un facteur historique d’inflation. Une exécution budgétaire plus rapide et mieux contrôlée renforce la coordination entre politique budgétaire et politique monétaire, un point essentiel dans le cadre des discussions avec le Fonds Monétaire International et des réunions du Comité de conjoncture économique. Cette réforme contribue ainsi directement à la stabilité du franc congolais et à la maîtrise de l’inflation.
Le calendrier est désormais tracé. D’ici juin 2026, chaque ministère pilote devra produire ses balances trimestrielles, consolidées ensuite par la DGTCP. En septembre 2026, la réforme sera étendue aux cinq autres ministères de la phase pilote. Cette feuille de route témoigne de la volonté affichée par les autorités de mener à bien cette transformation structurelle.
Sous l’impulsion du ministre Doudou Fwamba Likunde, cette réforme va bien au-delà d’une simple modernisation technique. Elle traduit une ambition politique : construire un État plus performant et transparent, où l’argent public est géré avec rigueur. En améliorant la qualité de la dépense publique, le gouvernement espère, in fine, que les gains d’efficacité se traduiront par une amélioration tangible des services publics et, à terme, du pouvoir d’achat des Congolais. La route est encore longue, mais les premiers jalons d’une gestion financière d’État rénovée sont posés.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
