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Cyberviolences en RDC : quand le code numérique de 2023 laisse les femmes sans bouclier juridique

« Il m’envoyait des messages menaçants toute la nuit, partageait des photos de moi retouchées sur des groupes publics. Je me suis sentie violée dans mon intimité, sans pouvoir éteindre mon téléphone, car c’est aussi par là que je travaille. » Le témoignage d’Amina*, une étudiante kinoise de 22 ans, résonne comme un écho sinistre à une réalité de plus en plus répandue. À Kinshasa, à Goma, à Lubumbashi, des milliers de femmes congolaises subissent en silence la violence qui a migré vers les écrans. Derrière les likes et les partages, se cache une face sombre du numérique : le harcèlement en ligne, le chantage sexuel, la diffusion de contenus intimes volés. Des agressions virtuelles aux conséquences bien trop réelles.

Ces cyberviolences faites aux femmes en RDC sont-elles le prix à payer pour la connexion ? À mesure que les réseaux sociaux conquièrent le pays, ils ouvrent aussi une nouvelle zone de non-droit où le genre devient une cible. Les insultes sexistes, les campagnes de dénigrement, l’usurpation d’identité pour salir une réputation : autant de fléaux qui visent disproportionnellement les femmes, souvent pour les réduire au silence dans l’espace public numérique. Mais où en est la loi face à cette nouvelle frontière de l’agression ?

La République Démocratique du Congo s’est récemment dotée d’un arsenal juridique pour encadrer le monde numérique. Le Code Numérique RDC 2023 constitue une avancée majeure, régissant la protection des données et la cybersécurité. Pour les victimes de violences en ligne basées sur le genre, ce texte offre-t-il une arme ? Des juristes spécialisés tempèrent l’optimisme. Si le code pose des principes fondamentaux comme la protection de la vie privée et des données personnelles, il ne contient pas d’infractions spécifiques pour punir un harcèlement sexiste en ligne ou la diffusion non consensuelle d’images intimes. « Le cadre existe, mais il est général. Il faut l’adapter et l’interpréter pour couvrir des réalités comme le revenge porn ou le cyberharcèlement ciblé », analyse une experte en droit du numérique.

Alors, quels sont les recours juridiques contre les cyberviolences pour une femme congolaise aujourd’hui ? La voie est semée d’embûches. Elle peut s’appuyer sur les articles du Code du Numérique relatifs à la protection des données si ses photos sont diffusées. Elle peut invoquer le droit à la vie privée garanti par la Constitution, ou les dispositions du code pénal sur la diffamation ou les menaces. Mais la bataille commence par la preuve. Captures d’écran, logs de conversation, liens URL… Ces traces numériques, fragiles et techniques, doivent être collectées rapidement et correctement pour être recevables devant un tribunal. Un défi immense dans un contexte où peu de commissariats sont équipés pour ce type d’enquête.

L’obstacle est aussi culturel et social. La honte, la peur des représailles, la méconnaissance des procédures étouffent la plupart des plaintes. « Beaucoup de victimes culpabilisent, comme si être active en ligne était une invitation aux insultes. D’autres craignent que porter plainte ne donne encore plus de publicité aux attaques », constate une activiste des droits des femmes dans le numérique au Congo. Cette omerta profite aux agresseurs, qui opèrent souvent en toute impunité derrière des pseudonymes.

Face à ce vide relatif, la société civile et des voix juridiques appellent à une évolution urgente. Il ne s’agit pas seulement de punir, mais de prévenir et de protéger. La vulgarisation des lois existantes auprès des femmes, le renforcement des capacités de la police judiciaire en matière de cybercriminalité, et in fine, l’introduction dans la loi de délits clairement définis pour les violences numériques sexistes sont des pistes cruciales. Le Code Numérique de 2023 est une fondation, mais la maison de la protection des femmes en ligne reste à construire.

La question dépasse le cadre juridique. Elle interroge notre manière d’habiter l’espace numérique congolais. Voulons-nous d’un internet où la parole des femmes est systématiquement harcelée et discréditée ? Où leur image peut être weaponisée en un clic ? La lutte contre les cyberviolences en RDC est un combat pour la citoyenneté numérique. C’est l’affirmation que le droit à la sécurité et à la dignité ne s’arrête pas à la connexion Wi-Fi. Tant que des Amina devront éteindre leur téléphone par peur, la révolution numérique congolaise sera incomplète. L’écran ne doit pas être une zone de guerre, mais un espace de liberté et d’égalité. Le chantier est immense, mais chaque recours intenté, chaque loi clarifiée, chaque femme informée de ses droits, est une brique posée pour un internet plus sûr et plus juste.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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