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Crise sécuritaire Est RDC: la diaspora somme le Parlement européen de passer aux actes

Près d’un an après la prise de Goma et de Bukavu par la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, la crise sécuritaire Est RDC a de nouveau retenu l’attention des institutions européennes. Une séquence politique de haut niveau, orchestrée au Parlement européen à Strasbourg, a servi de cadre à un plaidoyer vigoureux porté par la diaspora congolaise, illustrant la difficile traduction des résolutions en actions tangibles. L’Europe, face à l’escalade de la violence, semble naviguer entre condamnations verbales et inertie stratégique, une dualité qui alimente le cynisme quant à sa capacité à influencer le conflit Grands Lacs.

Invitation de l’eurodéputée Hilde Vautmans, une délégation du Front Uni, mouvement des Congolais du Benelux conduite par la Dre Audrey Mundine, a multiplié les rencontres avec des parlementaires européens. L’objectif affiché était clair : transformer l’alerte en mobilisation et pousser l’Union européenne à « passer à la vitesse supérieure ». Le cœur du message ne souffrait aucune ambiguïté : face aux déplacements massifs de populations, à l’effondrement de l’accès humanitaire et aux violations systématiques des droits humains, le temps des déclarations est révolu. Cette plaidoyer diaspora congolaise a cristallisé l’urgence autour de quatre piliers : la protection effective des civils, l’établissement de corridors humanitaires, la lutte contre l’impunité et le contrôle strict des chaînes d’approvisionnement en ressources naturelles, afin de tarir les financements de l’économie de guerre.

Le débat en plénière sur les violences dans la région a confirmé la gravité de la situation. Les interventions d’Hilde Vautmans, d’Elio Di Rupo et de Marc Botenga ont, avec une franchise inhabituelle, pointé du doigt les contradictions de la politique européenne. Mme Vautmans, dans une diatreme cinglante, a fustigé l’écart entre les résolutions adoptées « presque à l’unanimité » et les actions de la Commission européenne. « L’Europe par sa passivité et financement nourrit le bourreau », a-t-elle asséné, visant directement le soutien financier et militaire continu au Rwanda, accusé de piloter l’offensive du M23 Rwanda. Cette charge virulente met en lumière le fossé abyssal entre la rhétorique des valeurs et les réalités géopolitiques. L’Union européenne peut-elle se permettre de financer, même indirectement, un conflit qu’elle dit vouloir apaiser ? La question, laissée en suspens, plane comme une ombre sur la crédibilité de l’institution.

« Un an déjà que ce Parlement a adopté une résolution… malheureusement la Commission fait exactement le contraire et continue de financer le Rwanda », a déploré Hilde Vautmans, soulignant l’impunité dont jouirait Kigali depuis trois décennies.

La présence de la commissaire européenne Hadja Lahbib a apporté une tonalité plus diplomatique, mais n’a pas fondamentalement infléchi le constat d’immobilisme. Annonçant une future mission dans la région et une aide humanitaire de 250 millions d’euros, elle a reconnu l’insuffisance de ces mesures sans une solution politique robuste. Son insistance sur un accès humanitaire « plein et sans entrave » semble, dans le contexte actuel d’occupation militaire, relever du vœu pieux tant que la question sécuritaire n’est pas résolue. Cette séquence strasbourgeoise intervient d’ailleurs en écho à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE fin janvier, preuve que la crise sécuritaire Est RDC monopolise l’agenda sans pour autant déboucher sur une inflexion majeure.

L’analyse politique de cette journée révèle un Parlement européen partagé entre une volonté affichée de responsabilité et la complexité des leviers d’action. Les appels répétés, depuis février 2025, à suspendre le mémorandum UE-Rwanda sur les matières premières et à geler les soutiens, sont restés lettres mortes. Le président Kagame joue-t-il ici avec la tolérance européenne, calculant que les divisions internes et les intérêts économiques prévaudront toujours sur les principes ? La stratégie de la délégation congolaise a été de rendre cette contradiction intenable, en brandissant les chiffres d’une tragédie humanitaire – 11 millions de morts, un viol toutes les quatre minutes – comme un miroir accusateur face à la passivité des décideurs.

En conclusion, cette audition au Parlement européen a surtout servi de catharsis verbale. Si le plaidoyer diaspora congolaise a réussi à porter le dossier au plus haut niveau, la traduction en « décisions concrètes, mesurables et rapides » promise reste dans le domaine de l’incantation. L’enjeu pour les mois à venir est de savoir si la pression du législateur européen pourra contraindre l’exécutif à un réel changement de cap, notamment en conditionnant toute coopération avec Kigali à un désengagement vérifiable du conflit Grands Lacs. Dans l’attente, les populations de l’Est congolais paient le prix fort d’une realpolitik européenne qui, sous couvert de dialogue, entretient un statu quo meurtrier. L’Europe parviendra-t-elle enfin à aligner ses actes sur ses discours, ou continuera-t-elle d’être un acteur marginal dans la résolution d’une crise qu’elle contribue, par son ambivalence, à prolonger ?

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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