L’appel au cessez-le-feu dans l’Est de la République démocratique du Congo, lancé sous l’égide du président angolais João Lourenço, continue de polariser l’attention de la diplomatie mondiale. Cet effort de médiation, visant à désamorcer une crise sécuritaire persistante, reçoit un accueil favorable de plusieurs capitales influentes. Toutefois, entre les déclarations de soutien et la réalité du terrain, un fossé persiste, notamment en raison de la position ambiguë du mouvement M23. Les réactions internationales traduisent ainsi un mélange d’encouragement prudent et d’exigences pressantes pour une concrétisation immédiate.
La Belgique, partenaire historique de la RDC, a été l’une des premières à réagir publiquement. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévôt, elle a salué sur la plateforme X les « avancées ouvertes » par cette initiative angolaise. Bruxelles y voit une « étape importante » vers un apaisement et une « nouvelle dynamique diplomatique ». Le chef de la diplomatie belge a également relié cet appel à la récente mission de la Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU à Goma, estimant que ces démarches se renforcent mutuellement pour consolider le dialogue.
Au-delà des déclarations de principe, la position belge met l’accent sur des mécanismes opérationnels jugés indispensables. Maxime Prévôt a insisté sur l’importance cruciale du mécanisme de vérification du cessez-le-feu et sur la facilitation de l’aide humanitaire. Pour les observateurs, cette insistance reflète les leçons tirées de précédents accords fragiles dans la région, où l’absence de monitoring crédible a souvent conduit à leur effritement rapide. La priorité est claire : transformer les engagements sur papier en réalité tangible pour les civils pris au piège des combats.
De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis émettent un son de claire similaire, teinté d’un réalisme pragmatique. Massad Boulos, conseiller principal pour l’Afrique, s’est dit encouragé par l’acceptation par Kinshasa de la proposition angolaise, y percevant un « signal positif ». Cependant, le ton se durcit rapidement lorsqu’il s’agit de la mise en œuvre. Washington appelle à une « traduction immédiate » en actions concrètes, citant explicitement la nécessité d’une cessation totale des hostilités – incluant les attaques de drones – et la protection prioritaire des civils.
Le point d’achoppement central, souligné tant par Washington que par d’autres partenaires, réside dans la mise en œuvre rapide du mécanisme de surveillance et de vérification issu des discussions de Doha. Cet outil est considéré comme la pierre angulaire de toute crédibilité future. Sans lui, les déclarations de cessez-le-feu risquent de n’être qu’un vœu pieux de plus dans un conflit marqué par les ruptures d’engagements. La diplomatie Angola Congo se trouve donc à un moment charnière : elle a réussi à créer une ouverture, mais sa pérennité dépend désormais de détails techniques et de la volonté politique réelle de tous les belligérants.
Or, c’est précisément sur cette volonté que plane un doute majeur. Dans une déclaration révélatrice, le mouvement AFC/M23 a affirmé ne pas avoir été informé de l’existence d’un quelconque cessez-le-feu. Cette prise de position, si elle est confirmée, jette une ombre considérable sur le processus. Elle interroge directement les canaux de communication utilisés et soulève une question essentielle : un cessez-le-feu peut-il être effectif si l’un des principaux groupes armés concernés en ignore l’existence ? Cette situation met en lumière les profondes fractures et la méfiance qui minent toute tentative de résolution pacifique dans l’Est du Congo.
Le chemin vers une paix durable dans l’Est de la RDC est donc semé d’embûches. La communauté internationale, à travers les voix de la Belgique et des États-Unis, envoie un message unifié : le temps des paroles est révolu, place aux actes. L’accent est mis sur la protection des civils, l’accès humanitaire et un mécanisme de vérification robuste. L’initiative angolaise a le mérite d’avoir remis la sécurité Est Congo au centre de l’agenda diplomatique, mais son succès se mesurera à l’aune de sa capacité à impliquer toutes les parties et à produire un calme durable sur le terrain. La balle est désormais dans le camp des acteurs directs du conflit. La prochaine étape sera décisive pour savoir si cette fenêtre de dialogue peut se transformer en une véritable porte de sortie de crise, ou si elle se refermera comme tant d’autres avant elle.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
