Dans la dense forêt du secteur centre du parc des Virunga, une présence fantomatique a été capturée par les caméras : un jeune singe vervet au pelage d’une blancheur éclatante. Observé et filmé près du campement de Lulimbi, ce primate est le protagoniste d’un phénomène biologique aussi fascinant que fragile : l’albinisme. Une anomalie génétique qui, en République démocratique du Congo, devient le symbole d’une biodiversité à la fois prodigieuse et vulnérable.
Qu’est-ce qui peut pousser la nature à créer un être si singulier ? L’albinisme, chez l’animal comme chez l’homme, est le résultat d’une mutation silencieuse. Elle désarme les gènes responsables de la production de mélanine, ce pigment qui donne sa couleur à la peau, aux yeux et à la fourrure. Le petit vervet de Lulimbi porte ainsi sur son dos blanc la signature d’un hasard génétique extrêmement rare. Les experts du parc estiment que moins d’un primate sur 10 000 est touché par cette particularité, faisant de cette observation un événement scientifique et naturaliste majeur pour la région du Nord-Kivu.
Mais cette beauté immaculée est aussi un fardeau dans l’écosystème sauvage des Virunga. Dans un monde où le camouflage est une question de survie, un pelage blanc rayonne comme un phare dans la verdure. L’individu albinos devient une cible visible pour les prédateurs, sa vulnérabilité accrue illustrant la cruelle sélection naturelle. Cette découverte soulève une question cruciale pour les efforts de conservation : comment protéger ces êtres exceptionnels sans interférer avec les dynamiques naturelles de la forêt ?
Cette observation rarissime intervient dans un contexte plus large de résilience écologique. Malgré l’ombre portée d’un conflit sécuritaire persistant dans l’est de la RDC, le parc des Virunga, doyen des parcs africains, continue d’être le théâtre de miracles biologiques. Dans un message d’espoir, l’aire protégée a annoncé huit naissances de gorilles de montagne au cours de l’année 2025. Ces naissances, célébrées à Beni, ne sont pas de simples statistiques. Elles représentent une victoire contre l’extinction pour cette espèce emblématique, dont chaque nouveau-né est un combat gagné pour l’équilibre de la biodiversité congolaise.
Le parc des Virunga se révèle ainsi comme un sanctuaire de contrastes. D’un côté, la fragilité incarnée d’un singe vervet albinos, dont la survie est un défi quotidien. De l’autre, la robustesse et la reproduction d’une espèce phare comme le gorille de montagne. Ces deux récits, tissés dans la même trame du Nord-Kivu, racontent la même histoire : celle d’une nature congolaise d’une richesse inouïe, capable de produire des raretés génétiques tout en reconstituant ses populations les plus menacées.
La découverte du primate albinos est plus qu’une anecdote naturaliste ; c’est un rappel de l’importance capitale de la protection intégrale de ces habitats. Chaque hectare de forêt préservé dans le parc des Virunga est un laboratoire à ciel ouvert où la vie s’expérimente dans toute sa diversité, des naissances de gorilles aux mutations génétiques les plus improbables. La conservation ici n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue pour préserver le patrimoine génétique de la planète.
Alors que les défis sécuritaires et économiques menacent de détourner le regard, ces succès écologiques doivent servir de boussole. La protection du parc des Virunga et de ses habitants, qu’ils soient gorilles de montagne ou singes vervets albinos, est un investissement sur l’avenir de la RDC et de l’humanité tout entière. La forêt en détresse du Nord-Kivu, asphyxiée par les conflits, prouve qu’elle conserve une vitalité extraordinaire. Ne lui tournons pas le dos.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
