Le mercredi 11 février, dans les bureaux du ministère du Genre, Famille et Enfant, une atmosphère d’urgence constructive régnait. Des représentantes de plusieurs plateformes et organisations féminines se sont réunies, non pas pour un simple échange de politesses, mais pour orchestrer la réponse collective d’une nation à ses défis les plus pressants. La préparation du Mois de la Femme RDC, célébré chaque mars, dépasse cette année le simple cadre des festivités. Elle se transforme en un impératif stratégique face aux crises qui secouent le pays.
« L’objectif est clair : produire un rapport consolidé qui reflète véritablement l’action de chaque entité et permette un suivi harmonisé », explique Grâce Lula, directrice exécutive nationale du Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO). Derrière ces termes administratifs se cache une réalité tangible : éviter la dispersion des efforts et des ressources. Comment, en effet, mesurer les progrès vers l’autonomisation des femmes Congo si chaque initiative avance en silo ? Cette coordination des organisations féminines vise justement à créer une synergie nationale, où les représentations provinciales seront pleinement mobilisées pour traduire les décisions de la capitale en actions concrètes dans les territoires les plus reculés.
La ministre Micheline Ombaé a, quant à elle, planté le décor avec une franchise qui a silencieusement alourdi la salle. Elle a rappelé que ces préparatifs s’inscrivent dans un contexte douloureux : celui des conflits récurrents dans l’Est. Là-bas, les femmes et les jeunes filles paient un tribut disproportionné. Violence, déplacement, précarité extrême… Leur quotidien est un affront permanent à la notion même de célébration. « La solidarité nationale et l’unité sont plus que jamais nécessaires », a-t-elle martelé. Ses mots résonnent comme un appel : le Mois de la Femme 2026 ne peut être une bulle d’optimisme détachée des réalités du pays. Il doit devenir un canal de soutien aux populations affectées et un levier pour renforcer la cohésion sociale sur l’ensemble du territoire national.
Face à ce défi, la volonté des participantes était palpable. Elles ne veulent pas d’un événement symbolique et éphémère. Leur ambition ? Rendre ce mois « impactant et visible », en mettant en lumière le travail, souvent invisible, du ministère du Genre Famille Enfant et de la myriade d’associations qui œuvrent sur le terrain. Un calendrier préliminaire a déjà été esquissé. Il servira de feuille de route pour synchroniser les efforts, amplifier les campagnes de sensibilisation et promouvoir des programmes concrets d’émancipation économique et sociale. Car l’enjeu est là : comment transformer la commémoration annuelle en un tremplin durable pour les droits et l’autonomie des femmes ?
Les discussions ont dépassé le simple agenda logistique pour toucher au cœur des inégalités. La question de l’accès à l’éducation pour les filles, de la protection contre les violences basées sur le genre, et de l’inclusion économique sont revenues comme des leitmotivs. Chaque activité planifiée devra répondre à une de ces urgences. L’esprit de cette réunion prépare un Mois de la Femme 2026 qui se veut différent : moins protocolaire, plus ancré dans les luttes quotidiennes des Congolaises. Il s’agit de passer de la parole aux actes, de la célébration à la transformation.
Alors que la rencontre se concluait, une énergie résolue persistait. Le chemin est long, semé d’obstacles structurels et financiers. La centralisation des initiatives est une première étape nécessaire, mais sa réussite se jouera dans la capacité à impliquer toutes les strates de la société, des décideurs de Kinshasa aux leaders communautaires des villages. Le vrai test commencera en mars 2026. Les femmes congolises attendront plus que des discours ; elles attendront des preuves tangibles que cette coordination aboutit à une vie meilleure, plus sûre et plus libre. L’agenda qui se dessine porte cet espoir immense, et la responsabilité de le concrétiser pèse désormais sur les épaules de tous les acteurs mobilisés.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
