Imaginez un instant : après des mois d’attente, votre salaire, déjà modeste, est amputé sans préavis. C’est le choc qu’ont vécu des milliers d’enseignants du primaire en République Démocratique du Congo au mois de janvier dernier, lorsqu’une ponction inexpliquée de 20 000 francs congolais a été opérée sur leur prime de gratuité. Une situation qui a provoqué un vif émoi et plongé de nombreux foyers dans l’incertitude. Comment une telle décision a-t-elle pu être prise ? Qui en est responsable ? Ces questions, brûlantes d’actualité, ont trouvé un début de réponse avec l’arrivée d’un nouveau patron à la tête d’une direction clé du ministère de l’Éducation nationale.
Vital Lumbala, nommé directeur national intérimaire de la DINACOPE (Direction nationale de contrôle, de la préparation de la paie et de la maîtrise des effectifs), a pris une décision forte dès son entrée en fonction. Lors de sa première réunion de travail, le vendredi 13 février à Kinshasa, il a annoncé la fin de ces ponctions controversées sur la prime de gratuité des enseignants. « Nous avons pris des dispositions et nous vous rassurons qu’il n’y aura plus ce problème le mois prochain », a-t-il déclaré devant l’ensemble des directeurs de ce service public. Un engagement qui semble marquer une volonté de rupture avec des pratiques opaques.
La première mission du nouveau responsable a été de comprendre l’origine de cette erreur, source d’un « malaise » profond selon ses propres termes. « Il fallait comprendre comment cela s’est produit et comment corriger cette erreur », a-t-il expliqué. Cette approche méthodique et transparente contraste avec le fonctionnement souvent décrié de certaines administrations. En effet, cette ponction sur le salaire enseignant, bien que relativisée par certains, représente pour beaucoup une somme vitale, nécessaire pour les frais de scolarité des enfants, les soins de santé ou simplement pour nourrir la famille.
Mais au-delà de la simple correction d’une erreur de paie, l’intervention de Vital Lumbala s’inscrit dans un cadre plus large : la remise en ordre de la DINACOPE. Nommé par la ministre d’État Raïssa Malu, l’ancien inspecteur principal provincial de Lukunga a immédiatement exigé de ses collaborateurs un état des lieux précis de chaque service et la présentation de stratégies alignées sur le plan quinquennal du ministère. Un message clair : fini l’improvisation et les initiatives personnelles. « Personne ne peut agir selon sa propre volonté ; nous suivons celle du ministère », a-t-il martelé. Une volonté de recentrage qui répond directement aux manquements reprochés à son prédécesseur, Boniface Mbaka, actuellement suspendu.
La consigne de la ministre est, paraît-il, sans équivoque. Vital Lumbala l’a relayée avec force : « Elle m’a instruit qu’elle ne veut plus entendre qu’on a ponctionné quelque chose sur le salaire de l’enseignant. C’est sacré. On ne touche pas à son salaire, et il doit être payé à temps. » Ces mots résonnent comme une promesse solennelle adressée à toute la profession. Dans un pays où le secteur éducatif est un pilier essentiel du développement, la régularité et l’intégrité de la rémunération des enseignants sont plus qu’une question administrative ; c’est une condition sine qua non de la qualité de l’enseignement et de la motivation du personnel.
Cette affaire de ponction sur la prime de gratuité pose cependant des questions plus fondamentales sur la gestion des ressources humaines au sein du ministère de l’Éducation nationale en RDC. Les dysfonctionnements de la paie sont-ils le symptôme de problèmes plus profonds ? La mise à l’écart de l’ancien directeur pour « obstruction à la mise en œuvre des politiques » laisse entrevoir des luttes d’influence et des résistances au changement. Le défi pour le nouveau directeur de la DINACOPE sera donc double : rétablir une confiance brisée avec les enseignants et réformer en profondeur une administration souvent perçue comme lourde et peu efficace.
Les enseignants, eux, attendent de voir les actes concorder avec les paroles. L’annonce de la fin des ponctions est un premier pas, mais elle doit être suivie par une paie complète et ponctuelle le mois prochain, comme promis. La crédibilité de la nouvelle équipe et, au-delà, celle du ministère de l’Éducation nationale, se joueront sur ce point précis. Dans un contexte économique difficile, la stabilité financière des enseignants n’est pas une faveur, mais un droit et une nécessité pour l’avenir du pays. La vigilance reste donc de mise, mais l’intervention ferme de Vital Lumbala offre un espoir, aussi ténu soit-il, d’une gestion plus respectueuse et plus professionnelle de la précieuse ressource que sont les enseignants congolais.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
