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Loi Mishiki sur les jeux d’argent : un pari à deux milliards pour l’État congolais

Le paysage des jeux de hasard en République démocratique du Congo se trouve à un carrefour décisif. Mercredi 11 février, le député national Willy Mishiki Buhini a déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi qui vise à réformer en profondeur le secteur des jeux d’argent. Cette initiative, présentée comme une réponse à l’évasion fiscale et aux risques systémiques, marque une volonté affichée de reprendre le contrôle d’une manne financière échappant largement à l’État. Dans un contexte où les promesses de moralisation de la vie publique se multiplient, ce texte représente-t-il une simple opération de communication ou un véritable tournant réglementaire ?

L’argumentaire développé par l’élu de Walikale est sans ambages : la législation congolaise actuelle est obsolète et inopérante. Elle ne permet plus à l’État d’exercer un contrôle efficace sur une activité socioéconomique en pleine expansion, notamment via les plateformes numériques et les paris sportifs. « Beaucoup de Congolais, y compris dans les quartiers modestes, sont devenus accros aux jeux de hasard, ce qui les appauvrit », a souligné Willy Mishiki, pointant du doigt un phénomène social aux conséquences préoccupantes. Cette proposition de loi sur les jeux de hasard se donne ainsi une double ambition : assainir le secteur et protéger les populations vulnérables.

Sur le plan financier, l’enjeu est de taille. Le texte prévoit l’instauration d’une taxe de 5 % sur le chiffre d’affaires réalisé par les opérateurs. Une mesure qui, selon son promoteur, pourrait permettre à l’État de récupérer près de deux milliards de dollars annuels, une somme colossale qui fait actuellement défaut au Trésor public. La régulation des jeux d’argent en RDC est donc présentée comme une question de souveraineté économique. Mais au-delà de l’appât du gain fiscal, cette réforme s’inscrit dans un cadre géostratégique plus large. Willy Mishiki la relie explicitement aux engagements pris par Kinshasa dans l’accord de partenariat stratégique avec les États-Unis, notamment en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Le secteur, par sa nature opaque et ses flux financiers difficiles à tracer, constitue une brèche potentielle dans la sécurité financière nationale.

La proposition ne se limite pas à un simple prélèvement. Elle ambitionne une refonte structurelle, avec en ligne de mire la Société nationale de Loterie (SNL). Le député cite en exemple la Loterie du Canada, qui a financé plus de 60 % des logements sociaux dans son pays. Un modèle inspirant qui laisse entrevoir une volonté de transformer un passe-temps en levier de développement. Cependant, la transposition d’un tel modèle dans le contexte congolais, marqué par des défis institutionnels majeurs, relève-t-elle du réalisme politique ou du vœu pieux ? La capacité de l’administration à prélever, contrôler et redistribuer ces nouvelles ressources reste une inconnue majeure.

Le président de l’Assemblée nationale et la majorité parlementaire jouent désormais un rôle clé. L’adoption de cette loi sur les jeux d’argent représenterait un succès personnel pour Willy Mishiki, mais aussi un test pour la capacité du législateur à réguler des intérêts économiques puissants. Les opérateurs du secteur, souvent bien connectés, ne resteront sans doute pas passifs face à une mesure qui grèverait directement leur rentabilité. Le débat parlementaire à venir promet d’être houleux, chaque camp défendant ses pions sur l’échiquier politique et économique.

En définitive, la proposition de loi de Willy Mishiki pose une question fondamentale : l’État congolais est-il prêt à assumer la lourde responsabilité de réguler un secteur aussi lucratif que sensible ? Si l’intention de moralisation et de renforcement des recettes est louable, la route vers une application effective est semée d’embûches. La réussite de cette entreprise dépendra moins de la lettre de la loi que de la volonté politique de la faire respecter, dans un environnement où la frontière entre légalité et informalité est souvent poreuse. Le pari est audacieux, et son issue incertaine, mais il a le mérite de placer la régulation des jeux d’argent au cœur du débat public, là où elle a longtemps été reléguée dans l’ombre des non-dits.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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