L’arrivée de Vivian van de Perre à Goma par voie aérienne ne saurait se résumer à une simple formalité administrative. Cet atterrissage, le premier d’un hélicoptère des Nations unies depuis plus d’un an, est un acte politique hautement symbolique dans une région où le contrôle de l’espace aérien est un enjeu de souveraineté. La cheffe par intérim de la MONUSCO joue ici une partition subtile, mêlant opérations humanitaires et diplomatie de terrain, alors que les mécanismes de paix dans l’est de la République démocratique du Congo semblent constamment au bord de l’engrenage.
Son discours, soigneusement calibré, insiste sur le « début progressif » de l’utilisation de l’aéroport de Goma au bénéfice des populations. Derrière cette formulation optimiste se cache une réalité autrement plus complexe. Peut-on sérieusement parler de progrès lorsque cette réouverture partielle et symbolique intervient après quatorze mois de paralysie totale d’une infrastructure vitale ? L’occupation de Goma par la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda en janvier 2025, a constitué une rupture stratégique majeure, dont les conséquences logistiques et humanitaires pèsent encore lourdement sur le Nord-Kivu. La visite de la représentante onusienne tente ainsi d’instiller un récit de normalisation, là où persiste une situation de fait imposée par les armes.
L’objectif affiché de cette tournée est clair : soutenir les préparatifs du mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Van de Perre a rappelé le mandat confié par la résolution 2808 du Conseil de sécurité, qui inclut l’appui au Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus (MCVE+). « Ma visite vise à échanger avec les interlocuteurs concernés et à faire avancer les préparatifs concrets : procédures de vérification, coordination, communication ainsi que les conditions pratiques nécessaires au fonctionnement crédible du mécanisme », a-t-elle déclaré. Un langage technique et procédurier qui masque mal les défis immenses d’une mission de vérification dans un environnement où les lignes de front sont mouvantes et la confiance entre belligérants, inexistante.
La prudence extrême des Nations unies est palpable. L’appui au cessez-le-feu se fera « de manière progressive », en fonction « des garanties de sécurité pour le personnel et les moyens des Nations unies ». Cette conditionnalité est un aveu implicite des risques encourus. Elle souligne également la ligne de crête sur laquelle évolue la MONUSCO : agir sans braquer les parties, notamment le Rwanda et le M23, tout en respectant « la souveraineté de la République démocratique du Congo », comme l’a martelé la cheffe par intérim. Un équilibre diplomatique aussi périlleux que l’atterrissage d’un hélicoptère sur une piste longtemps inaccessible.
Le contraste est saisissant entre le récit d’un « début » porteur d’espoir et l’immobilisme obstiné sur le terrain. Malgré les recommandations du sommet de Paris sur la région des Grands Lacs, la réouverture de l’aéroport de Goma demeure un point de fixation. Le M23, qui contrôle physiquement le site, bloque toute avancée, une position soutenue par Kigali qui exige son « implication directe » dans le processus. Comment, dans ces conditions, le mécanisme vérification cessez-le-feu RDC pourrait-il fonctionner de manière crédible si l’une des parties conditionne l’accès à une infrastructure clé à une reconnaissance politique ? La visite de Vivian van de Perre, aussi nécessaire soit-elle, ressemble à un premier pas sur un pont dont l’autre extrémité reste à construire.
L’annonce d’une prochaine mission de reconnaissance aérienne à Uvira, dans le Sud-Kivu, étend géographiquement ce dispositif de confiance. Mais là encore, le diable se cache dans les détails. Ces missions aériennes seront-elles soumises aux mêmes chantages et blocages ? La communauté internationale parvient-elle vraiment à peser, ou se contente-t-elle d’enregistrer des faits accomplis tout en maintenant un discours volontariste ? La Mission ONU RDC Nord-Kivu semble engagée dans une course contre la montre, tentant de donner une traduction opérationnelle à des résolutions du Conseil de sécurité avant que la situation sur le terrain ne se détériore à nouveau.
Les prochains jours seront déterminants. Le déploiement effectif des procédures de vérification constituera le premier test tangible de cette nouvelle phase. Sera-t-il le prélude à une désescalade concrète et à la libre circulation des biens et des personnes, ou simplement un autre chapitre dans le long récit des efforts internationaux butant sur la réalité des rapports de force locaux et régionaux ? L’atterrissage à Goma fut un symbole. La réouverture pleine et entière de l’aéroport, et plus encore le silence des armes, en seraient la preuve.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
