L’Inspection générale des finances (IGF) a clos, mercredi 11 février, une mission de contrôle de deux jours sur les chantiers de voirie pilotés par l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) à Kinshasa. Le constat général est celui d’une satisfaction mesurée, teintée de recommandations techniques pointues, dans le cadre du Programme d’urgence de réhabilitation et d’assainissement de la capitale. Cette inspection de l’IGF sur les travaux de voirie intervient comme un baromètre essentiel de l’exécution budgétaire et de la qualité des infrastructures, deux piliers de la relance économique urbaine.
La tournée a débuté par l’axe stratégique de l’avenue du Tourisme, entièrement bétonné sur le linéaire concerné. Si l’ouvrage est globalement salué, les inspecteurs ont émis des réserves techniques cruciales. Leur attention s’est portée sur les points de jonction entre les nouvelles sections bétonnées et l’ancienne chaussée. Pourquoi ces détails sont-ils si capitaux ? Ils conditionnent directement la durabilité de l’investissement et le confort des usagers. Une fissure à ces jonctions peut, à terme, engendrer des coûts de maintenance exponentiels, grevant le budget public et hypothéquant la pérennité de l’infrastructure. L’ACGT Kinshasa se voit ainsi rappelée à l’exigence d’une finition irréprochable pour transformer l’essai de ces chantiers structurants.
Le second arrêt a conduit la délégation à l’Institut national du bâtiment et des travaux publics (INBT), où se déroule un projet singulier : le bétonnage de l’avenue Jaquier en « régie », c’est-à-dire exécuté directement par l’institution. Ce chantier école INBT est un modèle hybride à fort potentiel. Sous la supervision de ses enseignants, l’INBT combine formation pratique des étudiants et réalisation d’infrastructures, via une initiative « Job-Étudiant ». Le directeur général, le Pr ingénieur Cédric Tshibangu, a précisé le rôle de chacun : l’ACGT n’intervient pas techniquement mais agit comme un « pipeline financier », conformément aux directives du ministère des Infrastructures et Travaux publics. Sur le terrain, les étudiants ont dévoilé les canalisations souterraines, construit des ouvrages d’assainissement et préparé les armatures pour un linéaire de 200 mètres. Cette approche représente-t-elle l’avenir de la formation et de la construction en RDC ? Elle permet de résorber le gap entre théorie académique et pratique, tout en créant une main-d’œuvre qualifiée, atout majeur pour un secteur en pleine mutation.
La première journée s’est achevée sur le site emblématique de Cabu, où se joue l’avenir de la gestion des eaux pluviales dans la capitale. Ici, l’ACGT, en tant que maître d’ouvrage délégué, supervise deux projets cruciaux. Le premier, confié à l’entreprise New Sotem, concerne la construction du pont Cabu, un ouvrage cadre en béton armé accompagné de collecteurs. Le second, attribué à CREC-7, vise la pose de 600 mètres linéaires de collecteurs sur le canal. L’état d’avancement, présenté par l’ingénieur Kevin Babaka, directeur provincial de l’ACGT/Kinshasa, révèle des progressions différenciées : 23% pour le projet de New Sotem, principalement sur le pont cadre, et 9,21% pour CREC-7, concentrés sur les travaux de curage. Ces chiffres, bien que modestes, sont-ils le reflet de simples retards logistiques ou le symptôme de difficultés structurelles plus profondes ?
En effet, le principal défi identifié sur tous les fronts, du pont Cabu à l’avenue du Tourisme, reste identique : les difficultés récurrentes de libération des emprises. Cet obstacle administratif et social constitue un frein majeur au rythme d’exécution des travaux, entraînant des surcoûts et reportant les bénéfices économiques escomptés pour les populations. La fluidité des chantiers ACGT Kinshasa dépend ainsi d’une chaîne de valeur élargie, où la maîtrise d’ouvrage doit composer avec des réalités terrain souvent complexes.
Au final, cette IGF inspection travaux voirie dessine un panorama en demi-teinte. D’un côté, des avancées concrètes et des innovations prometteuses comme le chantier-école. De l’autre, des écueils techniques et administratifs persistants qui rappellent que la transformation urbaine de Kinshasa est un marathon, non un sprint. La capitalisation sur ces contrôles rigoureux sera déterminante pour optimiser l’impact économique de ces milliards investis et garantir que chaque franc congolais dépensé contribue à bâtir une ville plus résiliente et productive.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
