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RDC : « Le Congo d’Abord » exige un Tribunal pénal international contre trente ans de crimes impunis

Dans un contexte politique congolais marqué par des décennies de violences cycliques, la nouvelle plateforme « Le Congo d’Abord » a officiellement levé le voile sur son credo, jeudi 12 février à Kinshasa. Son coordonnateur national, Toussaint Alonga, a placé la barre très haut en faisant de la lutte contre l’impunité et de l’installation d’un Tribunal pénal international pour la RDC le socle absolu de son engagement. Cette annonce, loin d’être un simple vœu pieux, frappe au cœur des dysfonctionnements chroniques de l’État et interroge la capacité du système actuel à rompre avec les schémas du passé.

Le discours de Toussaint Alonga a été sans équivoque : les auteurs d’actes contraires à la loi ne doivent pas rester impunis. En brandissant l’idée d’une juridiction pénale internationale spécifique au pays, Le Congo d’Abord pointe du doigt l’échec des mécanismes judiciaires nationaux à juger les crimes impunis commis depuis près de trente ans. Cette proposition radicale est-elle un coup d’éclat politique ou une nécessité pour restaurer la justice ? Elle place en tout cas le débat sur le terrain de la souveraineté judiciaire et de la responsabilité internationale, un terrain miné où peu d’acteurs osent s’aventurer.

La stratégie d’Alonga semble claire : utiliser la demande d’un tribunal spécial comme un levier pour « promouvoir l’éveil de conscience » et raviver « le combat des idées ». En invoquant des valeurs telles que la culture du bien, du vrai et de la bonne gouvernance, la plateforme tente de se construire une stature morale, distincte des calculs politiciennes habituels. Cependant, ce positionnement vertueux peut-il trouver un écho dans un paysage politique fragmenté, souvent plus attentif aux rapports de force qu’aux principes éthiques ? L’objectif affiché de briser le « cycle infernal » élections-contestations-rébellions-dialogues-gouvernements d’union nationale sonne comme une critique à peine voilée des pratiques qui ont rythmé la vie nationale.

Fait notable, Toussaint Alonga a salué l’ouverture du Chef de l’État au dialogue inclusif en RDC, y voyant une continuité des efforts de paix. Il a cependant apporté une nuance de taille, rappelant que ce dialogue étant une « démarche politique extraconstitutionnelle », son succès ne peut reposer que sur le « consensus entre les acteurs ». Cette remarque souligne le caractère fragile et négocié de l’exercice, dont l’issue est loin d’être garantie. En liant explicitement la cohésion nationale retrouvée au renforcement du « partenariat stratégique entre la RDC et les USA », Alonga inscrit également sa vision dans une géopolitique plus large, suggérant que la stabilité interne est la clé de voûte de relations internationales solides.

La démarche de Le Congo d’Abord, centrée sur une justice transitionnelle d’envergure internationale, constitue un pari audacieux. Elle place la barre de la moralisation de la vie publique à un niveau inédit. Pourtant, on peut s’interroger sur la faisabilité concrète d’un tel projet. La communauté internationale est-elle prête à soutenir un tribunal *ad hoc* pour la RDC ? Les forces politiques en présence, y compris au sein de l’appareil d’État, accepteront-elles de se soumettre à un tel examen ? L’histoire récente montre que les procédures de ce type sont souvent longues, coûteuses et politiquement sensibles.

En définitive, la sortie de Toussaint Alonga et de sa plateforme politique remet avec force la question de la justice et de la fin de l’impunité au centre de l’agenda politique congolais. Elle offre un récit alternatif, fondé sur une rupture radicale avec le passé. Le succès ou l’échec de cette proposition dépendra de sa capacité à fédérer au-delà des cercles militants, à convaincre une opinion publique lassée des promesses non tenues, et à s’imposer dans le cadre du dialogue inclusif en cours. La balle est désormais dans le camp des autres acteurs politiques. Accepteront-ils de jouer le jeu de la transparence judiciaire absolue, ou ce projet finira-t-il au cimetière des bonnes intentions ? L’avenir de la République Démocratique du Congo se joue aussi sur sa capacité à tourner la page des crimes impunis et à construire une justice crédible pour tous.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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