Dans un geste politique lourd de symboles, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales a officialisé, jeudi 12 février, sa Charte fondatrice lors d’une cérémonie solennelle au siège de son Secrétariat technique à Kinshasa. Cet acte, présidé par le coordonnateur et porte-parole Michel Mwika Banza, assisté du secrétaire exécutif Henri Mbolipasiko et du coordonnateur adjoint Gauthier Kasongo, marque-t-il l’émergence d’un front structuré capable de contester les dérives autoritaires perçues dans le pays ? La réponse se niche dans les termes mêmes de ce document et dans la détermination des signataires, qui jouent gros en consolidant cette plateforme politique Kinshasa, déterminée à peser sur l’avenir de la démocratie RDC.
Initiée suite à l’appel lancé le 27 mai 2024 par les figures politiques Claudel-André Lubaya et Seth Kikuni, la dynamique du Cadre de concertation RDC a mûri au fil de consultations étendues à Kinshasa, Lubumbashi et à l’étranger, mobilisant un large soutien. Elle cristallise aujourd’hui des objectifs ambitieux énoncés dans la Charte fondatrice forces politiques : défendre la démocratie congolaise, lutter contre les glissements autoritaires et promouvoir irrévocablement la bonne gouvernance. Ce texte sert de boussole à une coalition hétéroclite mais résolue, déterminée à incarner une alternative crédible face aux pouvoirs établis.
Le contexte dans lequel cette signature intervient n’est pas anodin. Pressions, arrestations arbitraires et exil forcé de certains acteurs ont jalonné la période précédant cet événement. Pourtant, comme l’a implicitement souligné la plateforme, rien n’entamera son engagement pour la sauvegarde de l’État de droit et du pacte républicain. “Notre démarche est inscrite dans la durée”, semble-t-elle déclarer par cette signature, défiant un environnement souvent hostile à la dissidence organisée. Le pari est risqué, mais son échec signifierait une fragilisation durable des contre-pouvoirs en République Démocratique du Congo.
La mosaïque des signataires en dit long sur l’ampleur de la démarche. Plusieurs partis politiques d’opposition, des organisations de la société civile telles que la LUCHA, Action Nouvelle et Biso Peuple, ainsi que des personnalités indépendantes ont apposé leur signature au bas de la Charte. Cette convergence inédite dessine les contours d’un front politique social Congo d’une rare envergure, unissant des voix souvent fragmentées autour d’un programme commun de redressement démocratique. Le Cadre de concertation se positionne ainsi comme un interlocuteur incontournable, porteur d’aspirations populaires souvent étouffées.
Quelles sont les implications réelles de cette structuration ? En se dotant d’une charte fondatrice, les forces politiques et sociales signataires envoient un signal clair au pouvoir en place : la société civile et l’opposition entendent peser sur le débat public et contrer toute velléité de confiscation des institutions. Le risque, pour les autorités, est de voir ce front gagner en crédibilité et en influence, potentiellement au détriment de leur propre légitimité. La démocratie en RDC trouvera-t-elle en cette alliance le rempart tant attendu ? L’architecture de cette coalition suggère une volonté de dépasser les clivages traditionnels pour offrir une plateforme unifiée.
Mais la route sera semée d’embûches. La capacité de ce front politique et social à maintenir sa cohésion interne, à résister aux tentatives de division et à mobiliser l’électorat congolais constituera un test décisif. Les prochains mois révéleront s’il parvient à transformer cet essai politique en un mouvement capable de façonner le destin national. Pour l’heure, le Cadre de concertation a posé une pierre angulaire. Sa Charte fondatrice est moins une fin en soi que le commencement d’un bras de fer politique dont l’issue pourrait redéfinir les équilibres du pays. La balle est désormais dans le camp des acteurs, mais aussi dans celui d’un peuple en attente de changements tangibles.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
