Au cœur de la République Démocratique du Congo, une province regorgeant de cours d’eau tumultueux reste paradoxalement plongée dans l’ombre énergétique. Le Maniema, riche d’un potentiel hydrique colossal, voit pourtant ses communautés lutter quotidiennement contre le déficit en électricité. Face à cette injustice géographique, une initiative tente d’apporter une réponse concrète. Le Centre de Recherche en Ressources en Eau du Bassin du Congo (CRREBAC) vient d’identifier cinq sites pilotes stratégiques qui pourraient bien devenir les phares d’un nouveau modèle de développement.
Ces sites, soigneusement choisis, vont servir de laboratoire à ciel ouvert pour le projet ambitieux « Eau, Énergie et Écosystème » (WEEN). Appuyé par la coopération allemande à travers la GIZ, ce projet incarne un pari audacieux : exploiter la force des rivières congolaises sans en sacrifier l’âme. L’objectif est sans équivoque : réaliser des études de faisabilité pointues pour la construction de mini barrages hydroélectriques ou l’installation de stations météorologiques de précision. Il ne s’agit plus de rêver d’infrastructures gigantesques, mais de poser les premières pierres d’une énergie décentralisée, proche des populations qui en ont le plus besoin.
Les cinq joyaux identifiés par le CRREBAC ressources en eau racontent chacun une histoire différente. Mikelenge, un bassin versant urbain étranglé par les crues récurrentes, symbolise la double urgence : maîtriser l’eau destructrice et la transformer en ressource créatrice. Les rivières Kasuku, Elila, Ulindi et Kunda, quant à elles, serpentent à travers le territoire avec une puissance encore largement inexploitée. La rivière Elila, en particulier, est présentée comme un géant endormi, doté d’un grand potentiel hydroélectrique qui pourrait alimenter des milliers de foyers et d’entreprises.
Mais pourquoi ce focus sur le Maniema ? La réponse coule de source. La province est un château d’eau naturel, un pilier hydrologique du bassin du Congo. Pourtant, cette abondance n’a jamais été convertie en prospérité énergétique pour ses habitants. Le projet WEEN RDC cherche précisément à briser ce paradoxe. Comment ? En récoltant d’abord des données scientifiques solides sur ces sites pilotes énergie Maniema. Ces informations techniques seront la clé pour évaluer avec précision le potentiel réel de chaque site, mais aussi pour anticiper et gérer les risques, qu’ils soient liés aux inondations, à la sédimentation ou aux impacts sur la biodiversité.
Le directeur du CRREBAC, le professeur Raphaël Tshimanga, ne cache pas l’enjeu. Il s’agit ni plus ni moins de réconcilier l’homme avec son environnement. D’un côté, il y a une demande criante d’énergie pour faire tourner les moulins, les écoles, les centres de santé et ouvrir la voie à l’industrialisation locale. De l’autre, il y a la nécessité absolue de préserver des écosystèmes fluviaux uniques, véritables artères vivantes de la région. Le projet WEEN se veut donc un équilibriste, tentant de prouver que le développement socio-économique et la conservation durable ne sont pas des forces opposées, mais les deux faces d’une même médaille.
La coopération allemande GIZ RDC apporte à cette démarche un savoir-faire technique et une rigueur méthodologique essentielle. L’Allemagne, pays pionnier dans la transition énergétique, partage ainsi son expertise pour aider la RDC à développer son propre modèle d’énergie verte. Ces mini barrages hydroélectriques envisagés représentent une alternative aux grands projets souvent longs, coûteux et aux impacts environnementaux lourds. Ils pourraient fournir une électricité fiable et renouvelable à des villages et petites villes, stimulant les activités économiques locales sans nécessiter des réseaux de transmission interminables.
Le chemin reste néanmoins semé d’embûches. Les études de faisabilité devront trancher des questions cruciales : quel est le débit garanti de ces rivières face aux variations climatiques ? Quel sera l’impact sur les communautés riveraines et la pêche locale ? Comment garantir une répartition équitable de l’énergie produite ? Le succès de ces sites pilotes énergie Maniema dépendra de leur capacité à intégrer pleinement les populations dans le processus, à écouter leurs craintes et à répondre à leurs aspirations.
Cette initiative du CRREBAC ressources en eau est plus qu’un simple projet technique. C’est un signal. Un signal qu’il est possible d’imaginer un avenir énergétique pour la RDC qui ne passe pas systématiquement par la démesure, mais par l’intelligence locale, le respect des écosystèmes et la coopération internationale. Si les conclusions des études sont favorables, les eaux vives du Kasuku, de l’Elila, de l’Ulindi et de la Kunda pourraient bientôt murmurer une nouvelle promesse : celle de la lumière au bout de la rivière. La balle est maintenant dans le camp des études, des financements et de la volonté politique pour transformer cette lueur d’espoir en une réalité tangible pour le Maniema.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
