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Massacre de Djaïba : un an après, l’impunité de la CODECO dénoncée

Une année s’est écoulée depuis l’attaque meurtrière qui a ensanglanté le site de déplacés de Djaïba, dans le territoire de Djugu en Ituri. Alors que les familles des victimes commémorent ce triste anniversaire, leur colère se mue en un constat amer : l’impunité semble toujours protéger les auteurs présumés de ce massacre, attribué à la milice CODECO. L’absence de toute poursuite judiciaire crédible renforce, selon leurs déclarations, un profond sentiment de traumatisme et d’abandon de la part des autorités congolaises.

Le 10 février 2025, vers 20 heures, des miliciens identifiés comme appartenant à la CODECO ont lancé un assaut d’une rare violence sur le site de déplacés de Djaïba. Selon des sources locales et des témoignages recueillis, environ cinquante-cinq civils ont perdu la vie lors de cette attaque ciblée. Le bilan, déjà lourd, est aggravé par les méthodes employées : certaines victimes ont été brûlées vives, calcinées à l’intérieur de leurs habitations volontairement incendiées par les assaillants. Ces derniers ont également procédé à des pillages systématiques, achevant de dévaster une communauté déjà vulnérable.

Interrogées par Radio Okapi ce mardi, les familles endeuillées ont exprimé leur désarroi face à la lenteur, voire l’inexistence, des procédures judiciaires. Pour elles, le massacre Djaïba n’est pas un simple fait divers criminel, mais bien un crime d’une gravité exceptionnelle. Elles n’hésitent pas à qualifier les actes perpétrés ce soir-là de crime de guerre et de crime contre l’humanité, soulignant le caractère systématique de l’agression contre une population civile déplacée, déjà victime des conflits armés dans la région.

« L’absence de poursuites renforce notre traumatisme et notre sentiment d’abandon », ont-elles martelé. Leur appel est clair et s’adresse directement au gouvernement de la République, par l’intermédiaire des services compétents. Elles réclament une rupture avec le cycle infernal des violences qui secoue l’Ituri depuis des années. Pour briser ce cycle, une condition sine qua non est posée : la tenue d’enquêtes crédibles, indépendantes et aboutissant à des poursuites judiciaires contre tous les responsables, à quelque niveau que ce soit. La lutte contre l’impunité massacre civils est présentée comme le premier rempart contre la répétition de tels drames.

Au-delà de la seule sanction pénale, les familles plaident également pour la mise en place de mesures de réparations en faveur des survivants et des proches des défunts. Cette demande de justice pour les déplacés englobe ainsi la reconnaissance de leur souffrance, la condamnation des coupables et une forme de restitution, symbolique ou matérielle, pour les préjudices subis. Comment, en effet, envisager une paix durable si les victimes continuent de se sentir ignorées par l’État de droit ?

Contacté par nos soins pour réagir à ces accusations d’inaction, l’auditeur supérieur près la Cour militaire de l’Ituri a tenu à apporter un élément de réponse. Il assure que les enquêtes sont bel et bien en cours et que le dossier n’est pas au point mort. Reconnaissant la complexité et la sensibilité de l’affaire, il a lancé un appel aux familles des victimes et à tout témoin potentiel : « Nous invitons les familles des victimes à transmettre à notre greffe toute information, tout élément de preuve ou tout témoignage susceptible de contribuer à l’avancement et à la clarification du dossier. » Cette déclaration vise peut-être à apaiser les esprits, mais elle laisse en suspens la question du calendrier et de l’efficacité réelle de l’instruction.

L’attaque site déplacés Djugu de Djaïba s’inscrit dans une longue série d’atrocités commises dans cette province. Le groupe armé CODECO Ituri, dont les motivations oscillent entre conflits communautaires et activités prédatrices, est régulièrement pointé du doigt. L’incapacité persistante du système judiciaire, militaire en l’occurrence, à traduire ses membres en justice alimente un sentiment d’insécurité juridique chez les populations. Cette affaire constitue donc un test crucial pour les institutions congolaises : parviendront-elles à rendre une justice crédible pour un crime de masse, ou l’impunité prévaudra-t-elle une fois de plus, enterrant avec les victimes tout espoir de vérité et de réconciliation ?

Les prochaines étapes seront déterminantes. L’auditeur militaire devra démontrer par des actes concrets – auditions, interpellations, mises en examen – que sa parole est suivie d’effets. La pression des familles, relayée par la société civile et les médias, reste essentielle pour maintenir la lumière sur ce dossier. Un an après les faits, le chemin vers la justice pour les cinquante-cinq victimes de Djaïba semble encore long et semé d’embûches, mais il constitue un passage obligé pour tenter de panser les plaies d’une région meurtrie.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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