Une mission d’enquête de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a été officiellement déployée depuis le 2 février dernier dans la province du Kasaï-Central. Cette initiative, d’une importance capitale, a pour mandat spécifique d’élucider les violations graves des droits humains qui ont émaillé la région, notamment les massacres de populations civiles et le double assassinat des experts internationaux des Nations Unies, Zaida Catalan et Michael Sharp.
Dans une déclaration faite lors de l’émission Parole aux auditeurs sur les ondes de Radio Okapi ce mardi 10 février, le président de la CNDH, Paul Nsapu Mukulu, s’est montré optimiste quant aux progrès réalisés. Il a affirmé que les travaux de la commission spéciale avancent de manière satisfaisante et suivent la trajectoire prévue pour atteindre leurs objectifs fondamentaux. Ces objectifs consistent principalement à établir les responsabilités individuelles et collectives dans les atrocités commises.
La période ciblée par l’enquête couvre principalement les années 2016 et 2017, une phase critique marquée par la violente insurrection de la milice Kamuena Nsapu. Cette crise, dont l’épicentre se situait au Kasaï-Central, a engendré un cycle de violences ayant entraîné la mort de centaines de civils, des déplacements massifs de populations et des destructions systématiques de biens. Les Nations Unies avaient alors dénoncé de possibles crimes contre l’humanité.
Parallèlement à ce volet, la mission est chargée de faire toute la lumière sur les circonstances ayant conduit à la mort tragique de Zaida Catalan, experte suédoise, et de Michael Sharp, expert américain, tous deux mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU. Leurs corps avaient été retrouvés en mars 2017 dans une zone rurale du Kasaï-Central, alors qu’ils enquêtaient sur les violations des droits de l’homme liées au conflit. Leur assassinat avait provoqué une onde de choc internationale et mis en lumière l’extrême dangerosité du terrain.
La mise en place de cette mission par la CNDH répond à une demande pressante tant des acteurs nationaux que de la communauté internationale pour que justice soit rendue et que l’impunité ne soit pas érigée en système. Comment les enquêteurs parviendront-ils à reconstituer des événements aussi complexes, plusieurs années après les faits, dans une région encore marquée par la méfiance et les traumatismes ? La question de l’accès aux témoins et aux preuves matérielles reste un défi de taille pour les équipes sur le terrain.
Le président Paul Nsapu Mukulu n’a pas divulgué le calendrier précis de la mission ni la date à laquelle un rapport préliminaire pourrait être rendu public. Cependant, il a réaffirmé l’indépendance et la détermination de l’institution qu’il dirige à mener ces investigations jusqu’à leur terme, en dépit des obstacles potentiels. La CNDH entend collaborer avec toutes les parties prenantes, y compris les autorités judiciaires congolaises, dans le respect strict des procédures légales.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large de recherche de vérité et de réconciliation pour les populations du Kasaï-Central. Elle représente un test crucial pour le mécanisme national de protection des droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Sa capacité à mener une enquête crédible et impartiale sur des dossiers aussi sensibles sera scrutée à la fois par les victimes, qui attendent réparation, et par les partenaires extérieurs du pays.
Les conclusions de cette enquête de la CNDH sur les violations des droits humains au Kasaï-Central pourraient avoir des implications judiciaires majeures. Elles pourraient en effet déboucher sur des recommandations formelles en vue de poursuites devant les juridictions civiles ou militaires compétentes. L’identification des auteurs, qu’ils soient acteurs directs ou commanditaires, constitue la pierre angulaire du processus visant à rompre définitivement avec les cycles de violence qui ont affecté la région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
