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Tshisekedi mise sur un nouveau campus de l’ENA pour réformer l’administration congolaise

À l’occasion de la cérémonie couplée marquant l’entrée de la Xe promotion et la sortie de la IXe promotion de l’École nationale d’administration (ENA) à Kinshasa, le président de la République, Félix Tshisekedi, a instruit le gouvernement d’engager la construction d’un campus pour cet établissement. Cette annonce, faite au Centre culturel et artistique d’Afrique centrale, cadre avec la célébration du dixième anniversaire de l’école et relance le débat sur la réforme de l’administration publique en République démocratique du Congo. Le Chef de l’État a exprimé sa volonté de voir l’ENA « se déployer à travers le pays et se doter d’un campus à la grandeur de ses ambitions », un vœu qui sonne comme un constat d’étroitesse pour les structures actuelles.

Dans son discours, Félix Tshisekedi a placé la barre très haut, affirmant que « la grandeur de la RDC ne réside pas seulement dans ses richesses du sol et du sous-sol, mais également dans la qualité de sa ressource humaine ». Une déclaration qui, sous couvert d’un plaidoyer pour le capital humain, semble pointer du doigt les lacunes persistantes d’une administration souvent décriée pour son inefficacité. Cette vision présidentielle fait-elle de l’ENA l’alpha et l’oméga de la modernisation de l’État ? La question mérite d’être posée, tant les attentes semblent reposer sur les épaules de cette institution.

Le vice-Premier ministre et ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a immédiatement embrayé en soulignant que la réforme de l’État dépend de la qualité des femmes et des hommes qui l’incarnent. Se réjouissant que l’ENA soit « placée au cœur de la refondation de l’administration publique », il a assuré que plus de 900 postes étaient déjà réservés aux lauréats de la IXe promotion. Une promesse d’absorption qui, si elle est tenue, pourrait effectivement marquer un tournant. Mais l’histoire récente de la promotion ENA en RDC est aussi émaillée de promesses non tenues et de diplômés en quête d’affectation. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

L’ambition affichée par les plus hautes autorités est claire : professionnaliser la gestion des projets et les pratiques de gouvernance. Le directeur général de l’ENA, Tombola Muke, a précisé les contours de cette ambition en annonçant le lancement, dès mai prochain, d’un programme spécial destiné aux dirigeants du secteur public, « en vue de co-construire la solution congolaise du leadership ». Une initiative qui répond à un besoin criant de renforcement des capacités, mais qui interroge également sur la pérennité et l’indépendance de la formation dispensée. L’État peut-il être à la fois le formateur et le principal employeur sans créer un système endogamique ?

Derrière l’annonce d’un nouveau campus pour l’ENA en RDC, c’est toute une stratégie de légitimation et de pérennisation du pouvoir qui se dessine. En investissant symboliquement et matériellement dans cette école, le président Tshisekedi place la formation de la haute fonction publique au centre de son projet politique. Il s’agit ni plus ni moins de forger les cadres qui devront incarner et mettre en œuvre sa vision de l’État. Un pari risqué, car la réussite de cette réforme de l’administration publique congolaise dépendra de la capacité à transcender les clivages politiques et les intérêts sectoriels.

En dix ans d’existence, l’École nationale d’administration de Kinshasa a diplômé 842 jeunes, dont la majorité œuvre au sein de l’administration. Un bilan quantitatif honorable, mais qui doit maintenant se traduire par un impact qualitatif tangible. La construction d’un nouveau campus sera-t-elle le catalyseur de cette transformation, ou simplement un nouvel édifice dans un paysage administratif qui reste, pour l’essentiel, immuable ? La réponse se jouera dans la capacité du gouvernement à allier l’investissement infrastructurel à une réforme profonde des procédures et des mentalités.

L’instruction présidentielle lance donc une nouvelle phase, potentiellement décisive, pour la gouvernance congolaise. Les prochains mois révéleront si cet engagement se concrétise par des plans concrets et un budget dédié, ou s’il rejoindra le catalogue des bonnes intentions. L’enjeu est de taille : il s’agit de prouver que la construction du campus de l’ENA n’est pas un simple projet immobilier, mais bien la pierre angulaire d’une refonte attendue depuis des décennies. Le leadership congolais, à travers ce programme de formation annoncé, sera-t-il à la hauteur de ses propres ambitions ? L’avenir de l’administration publique en dépend.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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