Alors que les projecteurs de la diplomatie régionale se braquent sur Luanda, où s’est tenue une réunion cruciale sur la crise des Grands Lacs, la capitale congolaise, Kinshasa, vit au rythme contrasté des bulldozers et des tractations politiques. Ce mardi 10 février 2026, la presse kinoise dessine le portrait d’une nation à la croisée des chemins, tiraillée entre les espoirs fragiles d’un dialogue de paix et la réalité brutale de l’urbanisation anarchique.
La réunion de Luanda, réunissant des acteurs clés de la région, aura finalement accouché d’une décision majeure : confier à l’Angola, sous l’égide du président João Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine, le pilotage des consultations préalables à un dialogue intercongolais. Cette feuille de route, consignée dans un communiqué conjoint signé par Félix Tshisekedi, Faure Gnassingbé et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, est présentée comme la voie royale vers une désescalade. Mais derrière l’unanimité de façade affichée par La Prospérité, des interrogations sourdent. Le Potentiel ose poser les questions qui fâchent : João Lourenço, désormais facilitateur désigné, possède-t-il l’influence et l’impartialité nécessaires pour convaincre toutes les franges de l’opposition congolaise, y compris les figures encombrantes d’un Joseph Kabila ou d’un Corneille Nangaa ? Le président angolais joue ici un jeu subtil, où sa crédibilité régionale et sa capacité à « peser de tout son poids » seront soumises à rude épreuve. Cette initiative, soutenue bruyamment par l’Union européenne selon La Référence Plus, représente-t-elle une véritable avancée ou simplement un réaménagement des fauteuils sur le pont du Titanic diplomatique ?
La crise des Grands Lacs, avec son épicentre à l’Est de la RDC, exige en effet des solutions plus tangibles que des communiqués. La Vraie Thématique rappelle à juste titre que les discussions à Luanda doivent impérativement déboucher sur une amélioration concrète de la situation humanitaire désastreuse. La présence active de Félix Tshisekedi à Luanda est lue comme un signal fort de la priorité diplomatique, une tentative de projeter l’image d’un chef d’État maîtrisant le jeu international. Mais cette stratégie, aussi nécessaire soit-elle, suffira-t-elle à calmer les attentes d’une population épuisée par des décennies de conflit ? La « voie essentielle » prônée par Bruxelles risque de se heurter à la complexité des rivalités locales et aux intérêts géostratégiques divergents qui minent la région depuis si longtemps.
Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres des salons climatisés de Luanda, une autre forme de conflit, plus silencieuse mais tout aussi brutale, se joue dans les ruelles de Kinshasa. L’opération menée contre le bidonville Pakadjuma dans la commune de Limete sonne comme un rappel à l’ordre glaçant. Après des années de tolérance et d’atermoiements sous les mandats de Kimbuta Yango et Gentiny Ngobila, les autorités municipales ont finalement décidé de passer à l’acte. Les bulldozers, escortés par un impressionnant dispositif sécuritaire, ont méthodiquement rasé ce qui était devenu un symbole de l’construction anarchique à Kinshasa. Le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, justifie cette action radicale par un double impératif : libérer les emprises publiques et rétablir l’ordre urbain, notamment pour permettre la reprise du trafic ferroviaire. Une justification technique pour une décision éminemment politique.
Cette démolition, bien que préavisée, soulève des questions profondes sur la gestion du foncier et la protection des plus vulnérables. Les habitants de Pakadjuma, évincés en quelques heures, se retranchent derrière la promesse verbale d’un « droit d’occupation » qui leur aurait été octroyé par Joseph Kabila en 2011. Cet argument, rapporté par Le Phare et Infos 27, jette une lumière crue sur les pratiques clientélistes du passé et leurs conséquences durables. La ville « nettoie » ses artères, mais à quel prix social ? L’État démontre sa capacité à faire respecter la loi, mais le fait-il avec équité et en offrant des alternatives aux familles délogées ? Cette opération spectaculaire pourrait bien être le prélude à une série d’interventions similaires, dans une revue de presse kinoise future qui pourrait être bien moins consensuelle si les tensions sociales venaient à monter.
Ainsi, le contraste est saisissant. D’un côté, l’État congolais s’active sur la scène internationale pour trouver une solution négociée à la crise sécuritaire, plaidant pour le dialogue et l’inclusion. De l’autre, sur son propre territoire, il fait preuve d’une fermeté sans concession face à l’occupation illégale, au risque de créer de nouvelles exclusions. Cette dualité est peut-être le reflet des défis colossaux auxquels le pays est confronté : construire la paix dans la complexité régionale tout en imposant l’autorité de l’État et la règle de droit à l’intérieur de ses frontières. La réussite du mandat confié à l’Angola pour les consultations et l’issue des campagnes de démolition à Kinshasa seront deux indicateurs clés à suivre pour mesurer la capacité des autorités à mener de front ces deux combats, aussi différents soient-ils. L’année 2026 s’annonce décisive, sur tous les fronts.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
