Un homme originaire de Kirumba, dans le territoire de Lubero, a trouvé la mort le dimanche 8 février dans un cachot souterrain attribué aux miliciens Wazalendo. Les faits se sont déroulés à Musimba, une localité située à la sortie sud de la ville de Butembo, au Nord-Kivu. Selon la société civile de Musienene, la victime aurait succombé après avoir subi des actes de torture lors de sa détention dans cette prison clandestine. Ce décès macabre relance immédiatement les interrogations sur les pratiques de certains groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo.
L’individu, dont l’identité n’a pas été immédiatement divulguée, avait été initialement accusé de viol. Arrêté par les autorités judiciaires, il avait bénéficié d’une liberté provisoire quelques jours plus tard. Cette décision n’aurait pas été acceptée par la partie à l’origine de son arrestation. Celle-ci aurait organisé une nouvelle interpellation avant de le remettre directement aux miliciens Wazalendo, contournant ainsi les procédures légales.
Conduit de force dans le cachot souterrain à Musimba, l’homme y a perdu la vie dans des circonstances troubles. Les versions sur son décès divergent radicalement. D’un côté, la société civile de Musienene et plusieurs sources locales évoquent des sévices corporels ayant conduit à la mort. De l’autre, les responsables des miliciens Wazalendo rejettent catégoriquement les accusations de torture. Ils avancent la thèse d’un suicide par pendaison, sans fournir de preuves tangentes à l’appui de leurs déclarations.
Ce cas met en lumière les dérives récurrentes de groupes armés locaux, régulièrement accusés de se substituer aux institutions de l’État. Arrestations arbitraires, détentions illégales, jugements expéditifs : le tableau est sombre. La société civile de Musienene confirme que le corps de la victime est toujours conservé à la morgue de l’hôpital général de référence de Musienene, dans l’attente d’une inhumation qui se fait attendre. Les familles réclament justice et vérité.
Dans la chefferie des Baswagha et à Musienene, les exactions attribuées aux miliciens Wazalendo sont dénoncées depuis des mois. Pillages systématiques, tracasseries quotidiennes, violences sexuelles, perceptions illégales de taxes et érection de barrières non autorisées rythment la vie des civils. Ces abus, documentés par plusieurs organisations, créent un climat de terreur et d’impunité. Comment de telles pratiques peuvent-elles perdurer en plein territoire congolais ?
Les groupes armés, dont les Wazalendo, opèrent souvent dans un vide sécuritaire et juridique. Leur légitimité initiale, liée à la lutte contre les rebelles du M23, est aujourd’hui écornée par des comportements prédateurs. La population, prise en étau entre diverses menaces, voit ses droits fondamentaux bafoués. La prison clandestine de Musimba symbolise cette dérive inquiétante où la loi du plus fort semble primer.
Par ailleurs, des organisations de défense des droits humains ont multiplié les alertes. Amnesty International, dans un rapport publié le 20 août dernier, pointait déjà du doigt de graves exactions commises dans l’Est de la RDC. Le document mentionnait explicitement les miliciens Wazalendo aux côtés d’autres groupes, accusés de violations répétées du droit international humanitaire. Ces dénonciations restent-elles lettres mortes ?
Les autorités provinciales et nationales sont-elles informées de ces agissements ? Leur silence, ou leur incapacité à agir, nourrit le sentiment d’abandon des communautés locales. La substitution des milices à l’appareil judiciaire constitue une menace directe pour l’État de droit. Elle sape les efforts de pacification et de reconstruction dans une région meurtrie par des décennies de conflits.
La mort de cet homme dans un cachot Wazalendo à Butembo doit servir de déclic. Elle exige une enquête indépendante et transparente pour établir les faits avec précision. Les allégations de torture par des miliciens du Nord-Kivu ne peuvent être ignorées. Les responsables, quels qu’ils soient, doivent répondre de leurs actes devant la justice. La société civile de Musienene, courageuse, continue de jouer son rôle de sentinelle.
Au-delà du drame individuel, c’est la sécurité collective qui est en jeu. Les exactions des groupes armés à Musienene et ailleurs appellent une réponse coordonnée et ferme. Le gouvernement congolais, avec l’appui de ses partenaires, doit réaffirmer son monopole de la force légitime et garantir la protection des civils. La stabilisation du Nord-Kivu passe par le désarmement de ces milices et le rétablissement d’une justice impartiale.
En attendant, le corps repose à la morgue. Attente et douleur pour les proches. Attente et colère pour une communauté lasse des violences. L’histoire se répète-t-elle inlassablement dans l’est de la RDC ? Seule une action déterminée des autorités pourra briser ce cycle infernal et rendre espoir à une population en souffrance.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
