Dans un pays où la représentation féminine dans les sphères de décision reste un défi, une initiative vient d’éclore au cœur du Lualaba. Lundi 9 février, la province minière a vibré au rythme du lancement d’une session de formation dédiée au leadership féminin et à la prise de parole en public. Ce programme, porté par l’IFES Leadership Club, ouvre-t-il la voie à une nouvelle ère pour les jeunes femmes congolaises ?
Rassemblant des étudiantes issues des coordinations estudiantines des universités locales, cette formation vise un objectif clair : transformer le potentiel en action. Financé par le Bureau des Affaires étrangères du Royaume-Uni (FCDO), le projet ne se contente pas de dispenser des connaissances. Il s’attaque aux racines mêmes des freins à l’engagement public. Comment ? En accompagnant les aspirantes leaders, en améliorant leur culture électorale, et surtout, en forgeant une génération capable d’influencer et de décider.
« Ce programme permet le renforcement des capacités dans différents domaines, à travers le mentorat et un appui technique adapté », explique Madame Jenny Mosengo, facilitatrice et chargée de finances à l’IFES. Pour elle, cette première session au Lualaba est une étape cruciale de diagnostic. « L’objectif est d’abord de dispenser les formations, puis de recueillir les besoins afin de mettre en place un plan d’action et d’adapter notre accompagnement en fonction des réalités locales », précise-t-elle. Une approche sur mesure qui semble répondre à un besoin profond.
Les premières bénéficiaires ne cachent pas leur enthousiasme. Les témoignages recueillis dessinent le portrait d’une jeunesse avide de s’affirmer. Esther Karaj, membre de l’association UJDE, voit dans cette formation IFES Lualaba un tournant personnel. « Cette formation va influencer ma manière d’être dans la société, notamment en enlevant la peur, en apprenant à parler en public », confie-t-elle. L’apprentissage de la prise de parole en public apparaît ici comme un sésame pour une participation active.
Le sentiment est partagé par Kanjimba Mariam, étudiante à l’UNIKOL, pour qui la peur de s’exprimer commence à s’estomper. « Avant, j’avais peur de parler devant les gens. Grâce à cette formation sur le leadership féminin, je me sens soulagée et motivée à m’exprimer sans contraintes. » Une libération de la parole qui pourrait bien avoir des répercussions sur la vie communautaire et politique locale. Francine Kaseng, de l’ISP Kolwezi, résume cet esprit de conquête : « J’ai désormais des atouts majeurs pour affronter les obstacles de la vie, surtout pour nous, les femmes. Il faut désormais être sur la première ligne. »
Mais cette initiative isolée constitue-t-elle une réponse suffisante aux inégalités de genre dans l’espace public congolais ? La force du projet IFES réside peut-être dans son déploiement stratégique. Après des débuts prometteurs à Kinshasa, le programme étend désormais son rayon d’action à plusieurs provinces, affirmant ainsi sa volonté de continuité nationale. Cette généralisation est un signal fort. Elle démontre une reconnaissance du potentiel leadership présent dans toutes les régions du pays, et pas seulement dans la capitale.
Le programme leadership club de l’IFES pose donc les jalons d’un changement plus structurel. En outillant ces jeunes femmes leaders, il ne forme pas seulement des individus ; il contribue à construire un réservoir de compétences et de confiance essentiel pour l’avenir démocratique de la RDC. L’enjeu est de taille : transformer l’essai en une dynamique durable, où les participantes d’aujourd’hui deviendront les mentorés et les décideuses de demain. La session du Lualaba n’est qu’un premier chapitre. Son succès se mesurera à la capacité de ces femmes à investir l’espace public, à y porter leur voix, et à inspirer à leur tour d’autres congolaises à briser le plafond de verre. La route est longue, mais les premiers pas, empreints de détermination, sont déjà franchis.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
