Le paysage politique congolais, perpétuellement en quête de stabilité, voit renaître l’idée d’un dialogue national. Une initiative du Chef de l’État, saluée avec un certain empressement par la plateforme Camp de la République, relance le débat sur les voies de sortie de crise. Mais cette annonce, maintes fois déclinée sous différentes formes, suscite-t-elle un réel espoir ou n’est-elle qu’un stratagème visant à calmer les ardeurs d’une opposition fragmentée ? La réponse se niche peut-être dans les conditions de sa mise en œuvre, un point sur lequel Freddy Kita, coordonnateur du Camp de la République, a tenu à insister.
Dans un entretien accordé à Radio Okapi, l’ancien vice-ministre de la Coopération internationale a posé un cadre exigeant. « Nous souhaitons que ce dialogue national en RDC soit entre Congolais, pour que nous puissions identifier ce qui n’a pas fonctionné et ce qui marchera dorénavant », a-t-il déclaré. Cette volonté d’endogénéité du processus est un leitmotiv dans le discours des partisans d’une solution interne, souvent méfiants vis-à-vis des médiations internationales perçues comme porteuses d’intérêts étrangers. L’objectif affiché est clair : construire une paix durable permettant enfin aux populations de « profiter de nos richesses ». Un vœu pieux dans un pays où la rente extractive alimente plus les conflits qu’elle ne développe les communautés.
Derrière cet appel à la concertation se cache une urgence bien plus grave, martelée par Freddy Kita : la préservation de l’unité nationale Congo. Le coordonnateur du Camp de la République brandit l’épouvantail de la balkanisation RDC, un risque qu’il dit avoir « toujours dénoncé ». Son message aux acteurs politiques est sans ambages : ils ne sont pas des ennemis, mais des adversaires qui doivent s’unir face à cette menace existentielle. « Nous n’avons que la RDC comme mère patrie », a-t-il insisté, dans une rhétorique patriotique visant à transcender les clivages. Cette invocation du péril de fragmentation territoriale sert-elle de catalyseur pour une union sacrée, ou n’est-elle qu’un instrument de mobilisation usé jusqu’à la corde dans l’arsenal discursif congolais ?
La position de Freddy Kita ne surgit pas d’un vide politique. Elle s’inscrit délibérément dans la dynamique du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », une initiative portée par les évêques catholiques et les pasteurs protestants. En se plaçant sous ce parrainage moral, le Camp de la République cherche à crédibiliser sa démarche et à se draper dans une légitimité qui dépasse le simple calcul partisan. Cela traduit une stratégie habile : ancrer le plaidoyer pour le dialogue dans un mouvement sociétal plus large, espérant ainsi contraindre le pouvoir et l’opposition à une table de discussion. Mais le président, à l’origine de l’initiative, joue gros avec ce processus, dont l’échec ou la perception de mise en scène pourrait fragiliser durablement sa crédibilité tant sur le plan national qu’international.
L’analyse des implications de ce dialogue potentiel révèle un jeu d’échecs complexe. D’un côté, le pouvoir exécutif y voit peut-être une occasion de redéfinir les alliances, d’absorber les critiques et de préparer le terrain pour la suite de son mandat. De l’autre, des plateformes comme le Camp de la République tentent de s’ériger en forces de proposition incontournables, utilisant ce cadre pour imposer leurs thèmes – l’unité nationale, la paix inclusive, la souveraineté des décisions. Le risque majeur réside dans la transformation de ce dialogue en une simple chambre d’enregistrement, dépourvue de pouvoir contraignant, où les véritables questions de gouvernance, de redistribution des richesses et de sécurité dans l’Est seraient évacuées au profit de déclarations d’intention consensuelles.
Quels sont donc les prochains enjeux ? La crédibilité du processus passera par son format, son calendrier et la sincérité de la participation qu’il permettra. Le rappel de Freddy Kita à une organisation « sous l’égide des Congolais eux-mêmes » est un avertissement contre toute tentative de confiscation ou d’instrumentalisation. Les mois à venir diront si cette initiative est la préface d’un nouveau contrat social ou simplement un épisode de plus dans le feuilleton des dialogues avortés. La population, elle, attend des actes concrets capables de stopper l’hémorragie sécuritaire et économique. Sans résultats tangibles, les appels pathétiques à l’unité nationale face au spectre de la balkanisation risquent de sonner de plus en plus creux, accentuant le cynisme d’un peuple épuisé par des promesses non tenues. Le temps du verbe doit impérativement laisser place à celui de l’action, sous peine de voir la situation se dégrader encore davantage.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
