Le retour de Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des opérations de maintien de la paix, à Kinshasa, s’apparente moins à une visite de routine qu’à une mission de la dernière chance. Dans un contexte où la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC atteint des niveaux de tension extrême, sa présence interroge sur la capacité réelle de la communauté internationale à infléchir une dynamique de conflit qui semble échapper à tout contrôle. Entre les combats acharnés opposant l’AFC/M23 aux FARDC et les doutes persistants sur l’efficacité de la MONUSCO, la fenêtre d’opportunité pour une action décisive se referme dangereusement.
À quoi peut-on réellement s’attendre de cette visite ONU à Kinshasa ? Les autorités congolaises, tout en affichant une disponibilité au « Dialogue » – selon leurs propres termes et conditions –, réclament une implication plus ferme et plus lisible de l’organisation mondiale. Cette position, en apparence paradoxale, révèle une stratégie complexe : réaffirmer un attachement de principe au multilatéralisme tout en exigeant des actes concrets pour défendre une souveraineté territoriale gravement malmenée. Le jeu diplomatique se joue ainsi sur un fil, où chaque déclaration doit être décryptée à la lumière des rapports de force sous-jacents.
La question sécuritaire demeure, sans surprise, le cœur battant de cette mission. Jean-Pierre Lacroix en RDC est notamment attendu sur le terrain miné de la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité. L’écart entre les textes exigeant le retrait des groupes rebelles et la protection des civils, et la réalité sanglante du Kivu, n’a jamais semblé aussi abyssal. L’émissaire onusien devra naviguer entre les exigences de Kinshasa, les complexités opérationnelles sur le terrain, et les limites inhérentes au mandat de la MONUSCO, dont la crédibilité est mise à rude épreuve après plus de deux décennies de présence. Les récentes entraves aux mouvements de la force onusienne dans certaines zones ne font qu’ajouter une couche de complexité à un tableau déjà sombre, posant une question fondamentale : jusqu’où peut-on accepter des restrictions qui semblent contredire la raison d’être même de la mission ?
Mais Jean-Pierre Lacroix ne vient pas seulement en soldat de la paix. Il porte également un message politique subtil, mais ferme. La stabilité durable de la République démocratique du Congo, martèle l’ONU, est indissociable d’un dialogue interne inclusif. Ce plaidoyer pour une réconciliation nationale vise directement les fractures politiques et sociales qui, en coulisses, nourrissent et entretiennent les conflits armés. Dans un pays encore fragilisé par les tensions post-électorales et des défis de gouvernance structurels, cette dimension du dialogue politique en RDC est présentée comme le socle sans lequel aucun progrès sécuritaire ne serait pérenne. Le président et sa majorité parlementaire jouent ici un jeu à haut risque, sachant que toute ouverture pourrait être perçue comme une faiblesse, tandis que tout raidissement alimenterait le cycle de la violence.
Ainsi, cette visite dépasse largement le cadre d’un rituel diplomatique. Elle constitue un test majeur, tant pour la crédibilité de l’ONU que pour la volonté politique des acteurs congolais. La capacité à transformer les déclarations de principe en actions concrètes sur la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC est désormais scrutée à la loupe. La patience des populations civiles, premières victimes de cette insécurité chronique, s’érode à mesure que les pourparlers se multiplient sans effet visible sur leur quotidien. Le temps des diagnostics est révolu ; celui des résultats tangibles est impatiemment attendu. L’échec de cette mission ne signerait pas seulement un nouvel acte de la tragédie congolaise, mais marquerait un recul profond de l’idée même d’un ordre international capable de protéger les plus vulnérables. La balle est désormais dans le camp des décideurs, à Kinshasa comme au siège des Nations Unies, qui doivent choisir entre le statu quo mortifère et l’audace d’une paix enfin négociée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
